Si vous attendez un bébé, allez passer vos vacances à la ferme ! Vous aurez toutes les chances de lui éviter d’être allergique pulmonaire, cutané ou alimentaire, comme 25 à 30 % des Européens de l’Ouest. Surtout si vous mangez du fromage au lait cru, par exemple du comté, n’hésitez pas à vous rouler dans le foin, à caresser veaux, vaches, cochons, couvées, chats et chiens.
C’est ce qu’on a envie de clamer sur les toits quand on prend connaissance des derniers résultats de l’étude européenne « Pâture ». Menée par des chercheurs de Munich, Bochum, Marburg, Ulm et Hanovre (Allemagne), Zurich (Suisse), Utrecht (Pays-Bas), Kuopio (Finlande), l’administration agriculture et santé irlandaise et l’Établissement français du sang de Besançon, l’étude s’appuie notamment sur les résultats issus de tests, visites ou questionnaires à 7 mois de grossesse, à la naissance, puis plusieurs étapes entre 2 mois et 6 ans.
Plus de 1.000 enfants jusqu’à 6 ans ont ainsi été suivis dont 192 en Franche-Comté, vivant dans des familles affiliées à la Mutualité sociale agricole, partenaire important de cette recherche au long cours, en totalité financée par de l’argent public.
Les familles ayant participé à l’étude ont pris connaissance, samedi 26 mars 2011, au lycée agricole de Dannemarie-sur-Crête, des résultats concernant leurs enfants de 6 ans, suivis depuis la grossesse de leur maman.
Pour le professeur de pneumologie Jean-Charles Dalphin, ils confirment que l’exposition aux allergènes de la future maman et des bébés entraîne une protection contre les allergies. Sa collègue immunologue Dominique Vuitton, indique que les six premiers mois de la vie sont les plus importants de ce point de vue.
Cette exposition aux allergènes est la conséquence de la proximité avec les bêtes de la ferme, avec les très nombreux pollens contenus dans le foin et qui s’envolent quand on le manipule, avec les poussières et les acariens des matelas... Eh oui, on est allé jusqu’à faire des prélèvements dans les literies ! Quelques axiomes peuvent être tirés de toutes observations : « Le risque d’asthme diminue de plus de moitié quand la mère est en contact avec plus de trois espèces d’animaux », « le risque d’asthme est inversement corrélé avec la quantité de poussières et de micro-organismes dans le matelas de la mère quand le bébé a deux mois ».
Les chercheurs bisontins ont aussi repéré que « les moisissures protégeant de l’asthme sont celles qui donnent la maladie du poumon de fermier ». De quoi, sans doute, ouvrir un nouveau pan de la recherche. Plus propre, mais plus allergisant !
Pour l’heure, Jean-Charles Dalphin écarte en outre deux hypothèses, le rôle de la pollution et le mode de vie, dans la responsabilité des allergies. Il privilégie l’« hypothèse hygiéniste » qui a donné naissance à l’étude Pâture. Cette hypothèse était notamment formulée par David Strachan qui avait observé que « plus les familles sont grandes, moins il y a de risques allergiques ». Les grandes fratries sont effectivement des foyers où l’on est confronté très jeune aux affections de tous.
La comparaison entre les régions européennes a enfin mis en évidence que la Franche-Comté a les maisons « les plus propres mais aussi les plus allergiques : deux à trois plus qu’en Finlande ».
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.03.2011