daniel bordur - journaliste

Rares, migrateurs ou sédentaires...

A Besançon sur les rives du Doubs, le harle bièvre et le fuligule morillon viennent tenir compagnie quelques semaines aux habitués des lieux : col vert, foulque, mésange, héron...


Le harle bièvre a pris ses quartiers d’hiver à Besançon. Canard migrateur venu du nord de l’Europe, c’est un excellent plongeur qui pêche de petits poissons grâce à son bec recourbé comme celui du cormoran. Il guette ses proies en se laissant dériver avec le courant puis remonte le Doubs à tire d’aile sur un ou deux kilomètres, et recommence son manège. Il niche dans les falaises, notamment sous la Citadelle, aussi bien à Rivotte qu’à Tarragnoz d’où il pousse jusqu’à Velotte.

Selon un ornithologue, son couple est celui d’un gentleman et d’une punkette. Col et tête noire sur corps blanc, le mâle porte une élégance contrastant avec la tête brune ébouriffée de sa compagne dont une partie du plumage est dans les gris. A peine sortis de l’oeuf, leurs poussins quittent le nid en dévalant les pentes abruptes grâce à leur plumage rembourré, ils traversent la RN 57 ou la 83 sans trop d’encombre avant de se jeter à la rivière.

Ils sont sans doute plusieurs centaines en Franche-Comté et se plaisent tout particulièrement à Besançon. Autre oiseau rare, le fuligule morillon. C’est également un canard migrateur qu’on croise en bande sur le Doubs. Il va chercher en plongeant, jusqu’à une minute en apnée, les moules zébrées dont il raffole. Le développement de ce petit mollusque dans le Doubs semble à l’origine du choix du secteur par ce bel oiseau blanc et noir à bec bleu qui ne trouvait plus sa pitance dans le nord de la France... Et les poules ? Voilà ce qu’on peut apprendre en se joignant à la visite d’observation organisée par la LPO, la ligue de protection des oiseaux. Guillaume Petitjean est quasi incollable sur le peuple ailé de la vallée du Doubs, véritable couloir de migration, offrant aux nomades comme aux sédentaires le couvert mais aussi le gîte dans les trous du calcaire ou des arbres. Hier matin à Besançon, le jeune naturaliste guidait une dizaine d’intéressés entre la maison de quartier de Velotte et la Gare d’eau.

Il a une oreille pour les oiseaux des nombreux jardins, désigne les « tuu-tuut » des mésanges et les « petites trilles métalliques » des rouge-gorge. Il pointe sa lunette sur une bande de pies installées près de la mangeoire du jardin du... président de l’association. « Je croyais que vous filmiez mes poules... », rigole un riverain.

« La flèche bleue »

Guillaume Petitjean raconte la rapide acclimatation de la tourterelle turque : « une mutation génétique lui a probablement permis de se faire au froid. Elle occupe une niche écologique, ne craint aucun prédateur sauf le chat, se nourrit des restes autour des habitations... » Arrivée en France en 1952, elle a été vue pour la première fois à Besançon en 1966, du côté de Morteau dans les années 1990.

On croise un merle, des bergeronnettes des ruisseaux, plusieurs sortes de mésanges cherchant des insectes dans les interstices des arbres. On réussit à apercevoir sur l’île de Malpas la « flèche bleue » : le martin pêcheur. On découvre un grimpereau des jardins, sautillant à l’envers sur les hautes branches pour trouver des araignées dans des trous d’écorce. On remarque des hérons cendrés qui restent de plus souvent sur place l’hiver.

On ne vous dit pas tout. Par exemple qu’on a aussi rencontré des foulques et des cols verts. Mais ça, c’est toute l’année.

D.B. ER 14.01.2007

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