Animation biodiversité sur la parc urbain d’un quartier populaire de Besançon (14.06.2010)
« ON N’EST PAS OBLIGÉ de tondre sa pelouse chaque semaine : il y a toute une vie qui n’existe que si ça pousse », dit Johnny Magnenet, le Monsieur reconquête des collines. À part la hauteur d’herbe vous la connaissiez, vous, la différence entre pelouse et prairie ? « Notre idée est de laisser les plantes fructifier pour que la prairie se régénère, et avoir un paysage de qualité avec de nombreuses fleurs ».
Suivons Christophe Hennequin dans la prairie au fond du parc urbain de Planoise, au-delà de la pelouse tondue ras. Botaniste phytosociologue au conservatoire botanique national de Franche-Comté, il étudie notamment les associations végétales. Son oeil averti repère 28 plantes en dix minutes. Certaines ne se reproduisent que si elles ont le temps de grandir. « Quand on fauche souvent, l’apport d’azote privilégie les espèces aux gros besoins en aliments au détriment de celles qui n’en ont pas besoin de beaucoup (oligotrophes) ».
Enthousiaste, il tombe sur le rare trèfle jaunâtre. Pédagogue, il fait sentir les racines d’une flouve odorante « qui donne l’odeur de foin... » Il y a de fières centaurées des carottes sauvages, de la peu commune gaudinia, des graminées dont la brize « appelée langue de femme car elle bouge sans cesse... »
Des jardiniers municipaux sont là avec des faux, l’ancien outil. Les essaie qui veut, ils aident à trouver le bon geste. Christian Cretin est l’un d’eux : « Quand j’ai été embauché, il y a 35 ans, il fallait savoir faucher ». Il coupe chaque matin deux brouettes d’herbe pour ses lapins. « Je vais reprendre ma débroussailleuse, ou je laisserai pousser l’herbe », rigole Guillaume, 18 ans. Amélie, 22 ans, se marre aussi : « c’est plus drôle de regarder les autres. J’ai mal aux bras et au dos... » Les plus âgés retrouvent aisément le geste, « comme le vélo, on n’oublie pas ».
Jean-Paul Grosbois, forestier à Chailluz, philosophe : « On peut discuter sur la nostalgie des objets anciens, moi, j’ai du plaisir à utiliser la faux. On peut s’interroger sur la puissance des outils. Une tronçonneuse fait du bruit, mais reste au bout du bras. Avec l’abatteuse, il n’y a plus de lien entre le corps et une machine qui fait le boulot de trente bûcherons... »
Plus loin, deux vieux tracteurs tirent une faneuse et une presse. Le foin nourrira les chèvres débroussailleuses cet hiver. Sous une tente les enfants s’initient à la décomposition de la matière et au compost.
L’adjointe Françoise Presse explique pourquoi la ville n’a pas trop fait de pub à l’événement. « C’était une première. C’est comme la transhumance, on essaie, on va recommencer... »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 14.06.2010