daniel bordur - journaliste

« On veut l’application du droit »

Cofondateur de la Commission de protection des eaux, du patrimoine, du sous-sol et des chiroptères (CPEPESC, dite CPE), François Devaux revient sur quelques affaires sensibles de l’automne 2010 que l’association a fait évoluer.


Votre site internet vient de franchir les 1 000 connexions par jour. Que cela signifie-t-il pour vous ?

C’est une satisfaction. La plus grande partie des visiteurs tombe dessus via un moteur de recherche...

Qui est votre public ?

On nous contacte de toute la France, parfois de l’étranger. On nous a même écrit de Nouvelle Calédonie où il y a un gros problème de décharge d’ordures ménagères. On a répondu sur l’aspect réglementaire. Il y a rarement une journée sans une question. On répond souvent par retour, parfois, c’est le début d’une affaire.

Votre dernier article traite des épandages sur la neige...

Le problème revient chaque hiver. C’est d’autant plus pénible que 2010 a été une année correcte pour l’épandage. Il n’y a pas que les agriculteurs à ne pas faire leur travail. Le procureur donne des avertissements, mais les gens rigolent !

Vous attaquez LES agriculteurs ?

Non, seulement quelques individus...

Ils sont minoritaires ?

Oui. Justement, si on ne résout pas ça, on n’est pas près de sauver la Loue...

Sur le compte rendu de réunion du 4 novembre sur la Loue à la préfecture, on lit que la physico-chimie et l’hydrobiologie correspondent à des critères de « très bon état ». N’avez-vous pas fait beaucoup de bruit pour rien ?

Si les poissons meurent brutalement, c’est qu’il y a un problème. Peut-être qu’on n’en a pas trouvé l’origine, que la façon dont on suit la qualité de la rivière n’est pas satisfaisante. On fait des analyses très complètes à Mouthier-Haute-Pierre, mais que fait-on entre deux analyses ? Les investigations ont été menées trois à quatre mois après les problèmes, c’est pour ça qu’on a porté plainte. Les pouvoirs publics devraient agir immédiatement. Ce ne sont pas les réunions qui déplacent des tas de gens qui résolvent les problèmes, mais la connaissance du terrain.

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François Devaux (à droite) avec Michel Lassus, constatant une pollution à Cléron.

« L’autosurveillance, c’est se moquer du monde »

Les quatre réunions en direction des agriculteurs organisées la semaine dernière par le conseil général et la chambre d’agriculture n’auraient servi à rien ?

Je ne dis pas ça, mais j’ai l’impression qu’on ne se donne pas les moyens de savoir d’où vient le problème. Le diagnostic n’est toujours pas posé sur les cyanobactéries.

Le phosphore trouvé dans le rejet accidentel de la fromagerie de Cléron en août n’est tout de même pas responsable des cyanobactéries du printemps !

Partout les cyanobactéries se développent au printemps, quand il y a du phosphore, de l’azote, du soleil et peu d’eau. Elles arrivent une fois que toutes les algues sont bien développées...

Le phosphore vient-il de toutes les fromageries ?

Toutes les activités humaines rejettent des polluants. Les stations d’épuration ont des normes en fonction des possibilités techniques du moment et du milieu récepteur. Cléron n’est pas tout seul ! On en revient aux problèmes d’analyse : il n’y a pas de police de l’environnement. Pourquoi n’y a-t-il pas de prélèvements indépendants de l’entreprise. L’autosurveillance, c’est se moquer du monde.

À propos du projet de méthanisation de Reugney, autorisé par le préfet en septembre, mais que vous pourriez attaquer en justice, les choses ont l’air de bouger...

Notre action est indirecte. Ce serait mieux que rien s’ils arrivaient à respecter l’AOC comté. C’est une production intéressante, il n’est pas souhaitable qu’elle devienne industrielle.

C’est ce que dit la filière...

L’exemple de Cléron montre que les gros ne polluent pas moins que les petits.

Le Conseil général paraît disposé à organiser une rencontre entre vous et les agriculteurs de Reugney. Daniel Prieur, le président de la chambre d’agriculture pense qu’une table ronde est possible en janvier...

Pourquoi pas, pourvu qu’on aille dans la bonne direction. Il y a des plans d’épandage pour l’azote, mais rien pour le phosphore. L’azote est toujours montré du doigt parce que soluble dans l’eau, mais quand il y a trop de phosphore, il y a des problèmes.

« L’amiable n’est pas toujours pris au sérieux »

Êtes-vous contre la méthanisation, comme on l’a entendu dire ?

Non, pas du tout, on préfère ça au nucléaire ! Mais s’ils veulent être de mauvaise foi, ils peuvent... Il y a un problème d’épandage, ils vont chercher la matière organique à perpète. Il faut faire le bilan écologique de l’opération.

La CPE ne braque-t-elle pas avec son ton incisif et ses actions juridiques ?

On suit 400 affaires en Franche-Comté dont 30 sont en justice. Comme l’amiable n’est pas toujours pris au sérieux, on met une petite menace. Une fois sur cinq, quand on écrit à un maire, il ne répond pas. Alors on écrit au préfet qui écrit au maire... Quand la législation environnementale est violée, on demande l’application du droit. Comme à Morteau où on demande qu’on arrête le remblai sur le marais de la Tanche. Une réunion la semaine dernière s’est bien passée et une étude d’incidence va être faite.

Comment jugez-vous ce qu’on sait de la PAC 2013 ?

J’ai l’impression qu’ils veulent davantage aider les petites exploitations, c’est ce qu’on souhaite. Quand on voit des porcheries à 2 000 ou 3 000 animaux, c’est de l’industrie. Du coup la saucisse de Morteau n’a de Morteau que le nom : d’où viennent les intrants ? Le lisier de porc pose un problème aux terres agricoles, la diversité floristique en pâtit.

Avez-vous des problèmes financiers ?

Non. La CPE vient de monter un fonds de dotation pour la nature et les chauves-souris, afin d’utiliser une partie de ce qu’on obtient dans les procès pour acheter et protéger des terrains. On va mettre 9 000 euros dans cette opération. On a déjà quatre sites : une zone humide, un bout de versant dans la vallée de la Loue, deux sites à chauves-souris... Et on a deux salariés et demi qu’on paie correctement, bientôt trois.

Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.12.2010

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