daniel bordur - journaliste

On soigne même les oies sauvages

Athenas, le centre de sauvegarde de la faune sauvage de Franche-Comté et de Bourgogne, organise des portes ouvertes une fois par an, à L’Etoile, près de Lons-le-Saunier.


À moins d’un kilomètre du village jurassien au fameux vignoble, le long d’un chemin défoncé, un portillon cerné par la végétation ouvre sur des marches de pierres. À quelques pas, une porte vitrée donne sur une salle où deux vieux ordinateurs voisinent avec des affiches d’oiseaux, une abondante paperasse et du matériel vétérinaire. Les premiers soins sont donnés sur une paillasse centrale. Au fond, la porte d’un sas abritant une cage en verre où l’on isole les pensionnaires en quarantaine.

Au-delà du sas, la nurserie. Une couveuse recèle des œufs de busards cendrés dont le nid a été « soustrait à une moissonneuse-batteuse ». En général, les paysans acceptent de signaler les nichées à l’association Athenas [1]. Les récalcitrants encourent une pénalité sur les primes... Petit rapace se nourrissant de campagnols, le busard cendré est protégé. A côté, une éleveuse en protège un de trois jours.

Écosystème

A deux pas, quatre hérissons « bien dégourdis » de cinq semaines grandissent dans un carton. « Un particulier les a trouvés, nous les a apportés », dit Gilles Moyne. « L’élevage en fratrie garantit le lien entre eux. Dès qu’ils pourront se nourrir en enclos, ils pourront devenir autonomes. Ils seront relâchés d’ici octobre s’ils font 600 grammes. A moins, ils ne survivraient pas à l’hiver où ils perdent un tiers de leur poids. Omnivores, ils mangent sauterelles, lombrics, petits lézards, fruits... Ils ont leur place dans l’écosystème, sont mangés par les hiboux grands ducs. Il y a une forte mortalité des jeunes avec des pathologies parasitaires ou respiratoires, une grande sensibilité aux pesticides des jardins... »

Imprégnation

Dans les cartons voisins, obturés, une chouette hulotte et un hibou moyen-duc. Comme beaucoup de rapaces, ils ont été récupérés après une collision avec une voiture : « Ils chassent au bord des routes où les rongeurs sont plus accessibles, par exemple du fait de la fauche. 95 % des causes d’accueil sont liées aux activités humaines, gourmandes en espace et en énergie, à la vitesse... » D’ici une semaine, ils intégreront une des huit volières extérieures, consacrées à la rééducation. Une femelle épervier occupe l’une d’elles, trop maigre pour chasser les passereaux, sa spécialité. Trois busards cendrés sont dans la suivante, l’un est « en cours d’émancipation ». Pas comme la locataire à vie de la volière suivante : une femelle de grand corbeau « imprégnée ». Kezako ? « Son espèce, c’est l’homme. Là depuis trois ans, elle a tourné dans un film sur les campagnols ! On s’en sert pour la formation de nos correspondants... »

Émancipation

L’émancipation, c’est en quelque sorte l’apprentissage du retour à la vie sauvage, à l’autonomie, la viabilité. A ce stade, les oiseaux sont placés dans une volière dotée d’une issue. Certains sont entraînés, avec les méthodes de la fauconnerie, sur des proies vivantes à partir d’un nid artificiel : une plate-forme située en haut d’une structure métallique : « On crée l’attachement au site en les plaçant au bon moment du développement et par la nourriture ». Des souris sont élevées à cette fin et des poussins d’un jour récupérés chez un éleveur industriel... Actuellement en volière, dix chouettes chevêches, un moyen-duc et un grand-duc y passeront à leur tour.

Reste que la vie sauvage n’est pas une sinécure. La sélection est impitoyable : une chouette hulotte sur quatre atteint l’âge adulte... Quant à l’oie cendrée qui partage sa mare avec un jeune cygne et un dendrocygne exotique bagué, elle a été sauvée de l’imprégnation humaine grâce à un miroir devant lequel elle a passé des heures : elle sera relâchée après la période d’ouverture de la chasse...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.08.2007

[1] 03.84.24.66.05

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