Cinq ans après un premier incident, la colline artificielle de déchets, de marne et de terre du centre d’enfouissement technique Nicollin a montré des signes de fragilité.
La colline artificielle de terre, de marne et de déchets a de nouveau glissé, mercredi, sur le versant nord du centre d’enfouissement technique Nicollin de Corcelles-Ferrières. « Je l’ai découvert à 11 h 30 en faisant mon tour », explique Céline Louis, directrice du site depuis un an. Il s’agit d’« une fissure de 140 m de long et 40 cm de large en haut du remblai ». Ce remblai soutient la piste d’accès à la dernière alvéole de stockage des déchets avant fermeture en octobre, empruntée chaque jour par une trentaine de camions.
Céline Louis, qui a aussitôt prévenu la DREAL, comme le prévoit la loi sur les installations classées pour la protection de l’environnement, forme l’hypothèse que la conjonction de la sécheresse et des fortes pluies de la nuit, est à l’origine de l’incident. Deux expertises diront la semaine prochaine ce qu’il en est. Averti, le président de BIEN-Vivre, Christian Demouge, s’est rendu sur place hier après-midi et a constaté une seconde fissure, « de 60 m sur 10 à 20 cm et profond de 80 cm à 1 m ». Il l’a montré au directeur adjoint du site. Mme Louis a aussitôt décidé de faire comme pour la première fissure : la recouvrir d’une bâche agricole pour prévenir les infiltrations d’eau.
Cela correspond à l’arrêté de prescriptions de mesures d’urgence pris par le préfet jeudi, après que l’inspection des installations classées s’est rendue sur place mercredi après-midi. La neutralisation de la voie montante de la piste et la réduction de la vitesse des camions ont également été prescrites.
Pour comprendre le phénomène, il faut savoir que le sous-sol, en amont de la piste, sous la piste et sous le remblai, est constitué des déchets de l’alvéole C, apportés dans les années 1997-1998 puis recouverts de terre végétale et de marne. Les déchets continuent leur fermentation qui donne des jus de décharge, les fameux lixiviats bourrés de métaux lourds, qui sont drainés pour traitement. 15 000 m3 sont récupérés par an. Les couches de marne coulissent. Jusqu’en 2009, date où l’étanchéité avait été renforcée, après injonction judiciaire, l’eau s’était inflitrée dans ce mélange et l’avait rendu plus instable, contribuant au glissement de terrain de 2006.
Pour le géologue de l’association BIEN-Vivre, André Pharisat, qui avait réalisé un rapport le 28 mai 2006, le nouveau glissement de terrain est tout sauf une surprise. « Les déchets n’ont pas la résistance ou la cohésion des niveaux géologiques originels... L’inclinaison de 30° est très supérieure à celle que présentait la colline naturelle, et à ce qu’elle devrait être pour des matériaux aussi peu consolidés et instables que constituent les déchets », écrivait-il avant de prédire ce qui vient de se reproduire : « Selon toute probabilité, à défaut de mesures appropriées pour stopper le processus de glissement, celui-ci, du fait de la nature du sol, du poids des matériaux accumulés au sommet de la colline, et de la pente du versant, va inéluctablement se poursuivre pendant plusieurs années, jusqu’à ce que le versant trouve son profil d’équilibre... Un simple enrochement pourrait retarder le glissement, mais pas le stopper ».
M Pharisat préconisait alors l’imperméabilisation et l’implantation de pieux de béton enfoncés dans les niveaux sains et en place du sous-sol pour résister à la poussée... »
Christian Demouge estime à environ 200 000 tonnes le poids des déchets de chaque alvéole...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain 11 juin 2011