Une erreur humaine à la fromagerie Perrin, à Cléron, est à l’origine du déversement de centaines de mètres cubes de mousse brun-rose dans la Mée, un affluent de la Loue.
Des riverains s’en sont rendus compte les premiers. La Mée, ou ruisseau de Fertans, qui se jette dans la Loue juste en aval du château de Cléron, était recouverte de 50 cm de mousse au niveau du pont de la route d’Amondans, vendredi matin. La veille à 17 h 54, le pilotage automatique de la station d’épuration de la fromagerie Perrin avait été déconnecté : « on passe en manuel pour mieux homogénéiser les effluents », dit le directeur technique Jean-Luc Perrin.
Le réenclenchement de l’automatisme n’a pas été effectué. L’enquête devra dire pourquoi et comment. Il faudra attendre 8 h 50 vendredi matin, instant où l’arrêt d’urgence est actionné, pour découvrir l’ampleur du « dysfonctionnement ». La mousse a débordé de la cuve d’une quinzaine de mètres de diamètre et envahi le bâtiment où des traces montent à près de 2 m. Elle a traversé la cour, dévalé un talus forestier d’une trentaine de mètres de dénivelée sur une largeur de 20 à 25 m, avant d’être emportée par le ruisseau. Un bon kilomètre plus bas, il se jette dans la Loue.
La rivière est-elle impactée ? La moue du garde-pêche qui gère un lot privé en aval du confluent en dit surtout long sur son impuissance. « Ils auraient dû m’appeler… ».
Patrick Gindre, chargé du secteur Loue-Lison à l’ONEMA (police de l’eau), enverra un constat au parquet. Il regrette n’avoir été averti que vendredi soir. « Ils auraient aussi dû prévenir les pompiers, la protection civile… »François Devaux, de la Commission de protection des eaux, a été prévenu par un mot glissé dans sa boîte aux lettres, à Épeugney, village proche. Il déplore l’absence de prélèvement par l’ONEMA, estime qu’un barrage sur l’eau aurait pu préserver le milieu. Son association portera plainte : « C’est un apport massif de matières fertilisantes dans la rivière, de phosphore et de nitrates… Avec les problèmes de la Loue, on pensait que les gens feraient attention ».
Manifestement affecté, Jean-Luc Perrin admet : « ça tombe dans un mauvais contexte, mais on a toujours assumé nos responsabilités. C’est vrai qu’on aurait pu être plus réactifs, mais ça n’aurait pas changé grand-chose pour l’environnement. La pollution est surtout visuelle. La mousse, c’est le même produit que ce qu’on épand, concentré à 60 g par kg d’eau, ça se terminera en terreau… »
Pour l’heure, il songe à « un second système anti-mousse » qui fonctionnerait même en pilotage manuel. Pour le moyen terme, il pense solliciter un chercheur pour étudier des systèmes alternatifs de prévention, discuter avec l’ONF pour des plantations absorbant davantage d’eau.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain 24 08 2010
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