daniel bordur - journaliste

Mangez des pommes... du verger

L’association bisontine de pomologie, la science des fruits, pas des pommes, a été créée pour réagir à l’appauvrissement de la diversité génétique.


Des centaines de pommes de toutes les couleurs, toutes les tailles, toutes les formes, attendent les visiteurs. Elles semblent demander qu’on les regarde, les prenne, les hume, les caresse... On aimerait les croquer, mais certaines sont des spécimens rares, trônant dans une petite corbeille en exemplaires limités. Juste là pour qu’on sache qu’elles existent.

Autour des tables de la maison de quartier de Saint-Ferjeux, on parle jus, fraîcheur, goût, compote, boudin, tartes... Il y a aussi quelques poires, des fruits exotiques : tomate des cannibales, ginko biloba, cornouiller kousa, cognassier du Japon... On peut venir avec son panier pour en faire identifier le contenu. Portant un tablier et un chapeau de jardinier, Jean-Yves Cretin examine les fruits, parlemente avec ses compagnons Jean-Claude ou Denis, propose un verdict.

Venue faire identifier un fruit « à croquer à chair ferme blanche » que son père appelait « pomme chasseur », Marie-Thérèse s’entend répondre que ce pourrait être une « pomme raisin arrivée de Montbéliard par la Suisse »... D’autres pommes sont venues de Roumanie ou de Crimée, d’Allemagne ou de Pologne, par les guerres. L’une a pour nom « soldat laboureur »...

Pas de fruits sans insectes

Jean-Yves Cretin enseigne l’entomologie à la faculté des sciences et veut faire partager son savoir : « Sans insectes, il n’y a pas de fruits. Sans abeilles, il n’y a pas de pommes car les pommiers sont incapables de se reproduire eux-mêmes ».

Les naturalistes se méfient des insecticides. « On conseille de préserver la faune des vergers plutôt qu’utiliser la chimie », explique Laurence Pierrard, présidente de l’association. Comment faire quand attaquent les carpocapses, nombreux cette année après la canicule de 2003 ? Ces larves de papillons - les vers de pommes - « accélèrent la maturité des fruits et les font chuter prématurément ».

Les réponses sont variables. L’arboriculture intensive utilise jusqu’à « trente à quarante traitements, dont beaucoup de précaution », dit Jean-Yves Cretin. « Les plus sérieux suivent les populations de ravageurs et n’agissent que si nécessité fait loi ». On peut aussi faciliter la vie des prédateurs des insectes en « installant des nichoirs à oiseaux, ou en laissant vivre les carabes, des coléoptères se nourrissant des larves », dit Laurence Pierrard. Les carabes supportant mal les traitements phytosanitaires, « mieux vaut un verger enherbé avec des fleurs, pour avoir des fruits sans traitement ».

Inverser la tendance

Georges Debanc, un des fondateurs de l’association bisontine de pomologie, est sévère : « La mode des années 60 et 70 pour les variétés de grande diffusion et le courant commercial ont conduit à la standardisation et à la disparition des variétés locales... Nous voulons inverser la tendance ». Objectif en partie atteint : « Des pépiniéristes ont dans leur catalogue des variétés de pommes qui en étaient absentes il y a 10 ans : belle fille de Salins, calville du roy, reinette de Savoie... »

Le rouleau compresseur de l’agriculture intensive continue cependant son oeuvre : « Un calibre est déterminé par des gens qui observent le comportement des consommateurs, les petites et les grosses pommes partent en jus, les moyennes rentrent dans les moules d’emballage », sourit Jean-Yves Cretin.

Et la génétique ? « On a modifié des tomates pour qu’elles mûrissent plus lentement, mais elles sont fades. Les pommes golden ont tendance à bouqueter par cinq ou six et sont souvent trop petites. Éclaircir avec un sécateur prend du temps, alors on utilise des hormones végétales qui font tomber certains fruits prématurément... Certains traitements phytosanitaires passent même par la sève ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 08.11.2004

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