Le compte rendu de la réunion de la mission Loue du 4 novembre 2010 montre que la situation est plus grave qu’on ne le reconnaît officiellement.
Après la réunion de la mission interservices sur l’eau, le secrétaire général de la préfecture, Pierre Clavrieul, et la chef de mission, Pascale Humbert, directrice de la DDT, soulignaient le « paradoxe » d’analyses concluant à une bonne qualité de l’eau malgré la baisse des populations piscicoles et les mortalités observées au printemps.
À la lecture du compte rendu officiel de cette réunion, que la Commission de protection des eaux vient de mettre en ligne sur son site, on réalise que les pouvoirs publics sont bien frileux. Les douze pages du document montrent que tous les intervenants, services, associations, professionnels, experts qui auscultent la rivière depuis des années, savent de quoi elle souffre et le disent tout haut. Il a ainsi été répété que la température de la Loue a augmenté de 1 à 2° depuis 1999, poussant l’ombre à remonter vers l’amont.
Il a été redit par la Chambre d’agriculture qu’en 2009, seulement 36 % des 1 070 élevages dont 28 porcheries étaient « engagées dans une démarche de maîtrise des pollutions » concernant 55 % des UGB (unité de gros bétail, soit un bovin adulte). L’objectif validé en 2009 de 84 % des UGB sur le bassin-versant du haut Doubs « reste encore non atteint ». Sur le bassin-versant de la Loue où l’on en est à 65 % des UGB, il faut intégrer 120 exploitations pour parvenir à 80 %. En outre, il est question de « la reprise des plans d’épandage de station d’épuration en cours et l’identification des plans d’épandages de porcheries ». Cela signifie qu’on sait ce qu’il faut faire. D’ailleurs, cela fait des années qu’on a commencé à le faire...
En cherchant 41 micropolluants, on a trouvé quatre types d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), certes « sans dépassement des valeurs maximales admissibles ». Toxiques, ces HAP proviennent d’une combustion incomplète de matière organique à haute température, très certainement à l’occasion de feux de prairies ou en forêt. Cela ne figure pas dans le compte rendu, mais personne ne peut ignorer l’étude réalisée sur le ravin de Valbois qui révèle la présence de polluants dans les sédiments : résidus de traitement du bois, d’insecticides, de vaccins animaux...
On sait que cette réunion a débouché sur une expertise confiée à l’Office national de l’eau et de milieux aquatiques (Onema). Un rapport complet est annoncé pour juillet 2011, mais « une proposition de suivi préventif et de mise en place d’un système d’alerte » est attendue pour février, ce qui n’avait pas été mis en avant par la préfecture. S’appuyant sur « l’état d’urgence » et la directive européenne sur l’eau qui les préconise « si le bon état n’est pas atteint », les associations de défense de l’environnement ont suggéré des analyses en continu car les ponctuelles ne rendent pas compte des pics de pollution. Elles sont notamment réalisées par l’Agence de l’eau Artois-Picardie qui pourrait prêter sa station mobile, ou par l’Agence Seine-Normandie sur la Marne. « L’idée est intéressante et pourra être explorée par les experts, la pertinence et la faisabilité devront être analysées », a dit Mme Humbert. Ne serait-il pas plus judicieux d’y recourir au plus tôt afin que les experts puissent avoir ces données ? D’autant que le chercheur au CNRS et directeur du labo de chrono-environnement de l’université, Pierre-Marie Badot, souligne « la difficulté à expliquer le paradoxe de la situation en raison du manque de données dynamiques ».
Alors que la révision du schéma d’aménagement et de gestion des eaux doit être soumise à enquête publique l’été prochain, ces atermoiements de l’État laissent perplexes.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 10.12.2010