Les inondations sont naturelles. La main de l’homme peut les aggraver, mais sa mémoire l’inciter à la sagesse...
C’est tous les ans la même histoire. Les cours d’eau débordent en hiver. Sortant de leur sage lit mineur, ils s’affalent dans leur lit majeur : ça leur est tout naturel. Il leur arrive de changer de lit, d’évoluer dans leur espace de liberté, pour employer la poésie des hydrogéologues...
Parfois, c’est la panique. Avec routes coupées et citadins les pieds dans l’eau. Comme en février 1990, lors de la dernière crue centenale, celle qui arrive - statistiquement - une fois par siècle. Le débit instantané du Doubs était alors monté à 1.430 m3/seconde. A comparer aux 875 m3/s enregistrés à Besançon jeudi 15 janvier 2004 à 6 h, au plus fort de la montée des eaux. C’est davantage que la crue biennale (730 m3/s), c’est moins que les crues quinquennale (950 m3/s) ou décennale (1.200 m3/s).
La veille, le débit d’une crue quinquennale avait été atteint à Pontarlier à 9 h avec 92 m3/s. A Mathay aussi avec 440 m3/s à 18 h. Plus en aval, à Voujeaucourt, le débit de la crue quinquennale a été légèrement dépassé ce même mercredi 14 janvier (730 m3/s), mais à 12 h, donc plus tôt qu’à Mathay, à cause de l’apport des eaux de l’Allan où se jettent les torrents vosgiens, la Savoureuse et la Bourbeuse. Il faudrait une crue centennale pour que le collège de Baume-les-Dames, 40 km en aval, ait les pieds dans l’eau.
Ornans est ce qu’on fait de « plus exposé » aux crues de la Loue qui monte très vite, alimentée par de nombreuses résurgences s’activant soudain. A Parcey (Jura), où la Loue rejoint le Doubs, les crues ont des causes encore plus diverses. La crue de la Loue passe souvent avant celle du Doubs : normal, ses eaux venant du haut cours du Doubs ont pris des raccourcis souterrains.
Les inondations de Parcey peuvent aussi être provoquées par « la remontée de la nappe phréatique sous l’influence de la Loue, du Doubs ou la Clauge, une rivière qui vient de la forêt de Chaux », explique André Bachoc, directeur de la DIREN (direction régionale de l’environnement). « On n’aurait jamais dû urbaniser ainsi », ajoute-t-il en avançant une excuse historico-sociologique : « c’est un village d’anciens flotteurs de bois... »
Les crues sont également influencées par la main de l’homme. Les surfaces imperméabilisées favorisent le ruissellement rapides des eaux de pluie vers les rivières au détriment d’une lente infiltration dans le sol. Exemple avec les parkings de la zone d’activité de la Tanche, une ancienne zone humide du bas de Morteau.
Difficile de connaïtre l’impact des surfaces bitumées en l’absence d’évaluation globale. Craignant leur nocivité, on utilise désormais des surfaces poreuses qui favorisent l’infiltration. Moins visible, la destruction de zones humides aura sans doute causé davantage de dégâts. Là aussi, on n’a pas d’évaluation, mais un atlas des zones humides est en cours de réalisation.
L’effet des destructions des marais est difficile à mesurer : « Au coup par coup, on ne met jamais en évidence que tel ou tel grignotage de zone d’expansion des crues ait une incidence. Mais au cumul, il peut y en avoir une », dit André Bachoc.
Hydrogéologue à la communanuté de communes Frasne-Drugeon, Jean-Noël Resch est formel : « Tout ce qui participe à une évacuation rapide des eaux facilite les inondations en aval. C’est pourquoi on essaie de favoriser l’inondation des marais ». Exemple du Drugeon à Bannans : « Il y avait une digue censée protéger le village, mais un entonnoir au niveau d’un pont conduisait l’eau à franchir la digue. On a fait des travaux pour étaler l’inondation sur une plus grande surface. Ces jours-ci, on avait une marge de 80 cm... »
Daniel BORDUR
ER - 19.01.2004