103 ans après le record de basses eaux en 1906, le niveau était encore près de 10 mètres plus haut le 5 octobre 2009 : 744,01 m à la station de mesure implantée en 1892 côté suisse.
« Ce qui se passe est normal, rien à voir avec le réchauffement climatique ». Maître de conférence à l’université de Franche-Comté, l’hydrogéologue Vincent Bichet n’est pas surpris par le très bas niveau de l’eau du Doubs, notamment dans le lac de Chaillexon, entre Villers-le-Lac et la Suisse. Le phénomène, qui se traduit notamment par la disparition temporaire du Saut du Doubs, se produit environ tous les dix ou douze ans depuis quelque 14.250 années, l’âge des sédiments les plus profonds du lac.

L’étude des sédiments a permis aux géologues de dater le glissement de terrain ayant produit le chaos rocheux constituant le verrou obstruant l’étroite vallée du Doubs en aval de Villers-le-Lac. Le lac qui s’est créé en amont de ce verrou, remontait initialement jusqu’à Morteau, ce qui arrive encore lors de courtes périodes de grandes eaux. En fait, le niveau de l’eau est très variable. Dès que les précipitations sont rares, la porosité du fond du lac de Chaillexon joue un rôle important : « Quand le débit est faible, le niveau descend car il y a des trous », explique Vincent Bichet.
Cet automne, le phénomène revêt un caractère exceptionnel. On le connaît avec précision depuis l’installation en 1892 d’une station de mesure, à côté de l’embarcadère suisse. L’eau affleurait hier matin à 744,01 m d’altitude. « Depuis 1892, le niveau est descendu dix fois à moins de 744 m, comme en 1985 ou 1964. La dernière fois c’était en 1989. En 2003, on a enregistré 744,20 m : ça aurait pu être pire cette année-là sans le colmatage de 2001 qui a induit une vitesse de vidange plus faible, mais ce colmatage n’avait déjà plus d’effet lors de la sécheresse de novembre 2007 ».

Bien que spectaculaire, octobre 2009 reste très loin du plus bas niveau constaté depuis 1892 et les fameuses mesures : 734,66 m le 5 octobre 1906, il y a 103 ans et un jour... Le niveau descendant d’environ 20 cm par jour, on est loin de ce record qui fit la joie des photographes et des curieux venus de fort loin. A ce rythme, il faudrait que la sécheresse dure au delà de mi-novembre pour le battre. « En 1906, le niveau avait commencé à baisser en juillet, cette année, on a eu de la pluie en juillet. Mais dès le 6 octobre 1906, l’eau remontait de 40 cm », dit le scientifique.
Autre record, avec beaucoup d’eau celui-ci, date du 20 janvier 1910 où le niveau atteignit 754,74 m d’altitude. « On traversait la gare de Morteau en barque... » Dans tous les cas, grandes eaux qui débordent ou basses eaux qui se vidangent, tout se retrouve dans le barrage du Chatelot...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.10.2009
Constituant une « grande dépression karstique », le lac de Bouverans, dans la plaine du Drugeon, près de Pontarlier, paie lui aussi un tribut à la sécheresse. Il a lui aussi des fuites et « se vide un peu, ça fait crever les écrevisses... Il a perdu les trois quarts de sa surface, mais là aussi ce n’est pas exceptionnel ».
Le lac Saint-Point, traversé par le Doubs n’est pas dans la même situation. « Son fond est étanche, l’amplitude des niveaux n’est que de 2 à 3 m, il ne perd de l’eau que par évaporation ».
Quasiment tous les cours d’eau de Franche-Comté connaissent actuellement des débits d’étiage inférieurs à la moyenne.
Les pertes d’eau sont légion dans le massif jurassien, mais pas toutes identiques. Vers Arçon, entre Pontarlier et Montbenoît, les pertes du Doubs alimentent la Loue. À Bourg-de Sirod, près de Champagnole, les pertes de l’Ain sont essentiellement dues à l’érosion et à la dissolution du calcaire par l’eau.
Dans le lac de Chaillexon, on a tenté, en 2001, de colmater des fuites en coulant du béton. Cela a entraîné la diminution de la vitesse de vidange, mais pas pour longtemps : « cela n’avait déjà plus d’effet en 2007, la nature a repris ses droits », dit Vincent Bichet qui considère que « la lutte est vaine ». Notamment justifiée par des pertes d’exploitation des bateaux-mouches sur le lac, elle pourrait suggérer une autre réflexion touristique : pourquoi ne pas justement valoriser les recherches scientifiques qui expliquent ces phénoménales variations de niveaux ?