Deuxième renvoi, au 14 septembre, du procès de Nicollin Corcelles-Ferrières pour pollution. Le temps pour le parquet de citer enfin l’entreprise aux côtés de l’ancien directeur.
L’audience a duré quelques minutes hier après-midi au tribunal correctionnel. Le temps pour Michel Levieux, avocat de Joël Girardot, de réclamer la citation, aux côtés de son client, de la nouvelle directrice du centre d’enfouissement technique (CET) de Corcelles-Ferrières, Céline Louis, et de la personne morale, autrement dit le Groupe Nicollin.
Joël Girardot, licencié en avril 2010 par Nicollin qu’il a assigné aux prud’hommes, était la seule personne poursuivie par le parquet pour atteintes à l’environnement et non respect d’arrêtés préfectoraux. Lors d’une visite inopinée, en octobre 2008, les inspecteurs de la DRIRE (aujourd’hui DREAL) avaient constaté « un éfluent liquide brunâtre rejoignant le milieu naturel ». L’analyse avait souligné « des concentrations importantes en plomb, manganèse et fer ». Leur conviction est faite, ils sont tombés sur 50 m2 de lixiviats, les fameux « jus de décharge » provenant des déchets fermentescibles du centre d’enfouissement.
Après avoir « assaini » les lieux à la pelle mécanique, Nicollin, qui n’a vu qu’une flaque de 50 cm, avait fait effectuer en mars 2009 une analyse contredisant l’hypothèse des lixiviats. L’association BIEN-Vivre, partie civile, note que le directeur avait pourtant « admis que l’écoulement se produisait depuis 12 ans » Quant aux arrêtés non respectés, l’un porte sur l’absence de mesure de pression hydraulique dans les casiers de déchets, afin de vérifier notamment leur stabilité. Un autre porte sur la non-stabilisation d’un glissement de terrain ayant, en 2006, provoqué un bourrelet à haute teneur en zinc, mercure et arsenic dans une prairie agricole. La DREAL a aussi échoué à imposer à Nicollin l’obligatoire installation d’une géomembrane étanche protégeant la nappe phréatique des lixiviats...
L’urgence écologique, défendue par la DREAL et l’association BIEN-Vivre, a été admise par le président Daniel Depulon qui a donc sollicité du parquet la citation du Groupe Nicollin à une prochaine audience fixée au 14 septembre. Joël Girardot, professionnellement revenu à sa première passion, la cuisine, s’y sentira sans doute moins seul. La délégation de pouvoir donnée par la direction du groupe ne peut certainement pas faire de lui l’unique responsable des nuisances qui durent depuis des années autour d’un CET saturé à l’automne. Nicollin, qui devra surveiller le site 30 ans après sa fermeture, aimerait en ouvrir un autre à Lantenne-Vertières... Pas sûr que son passif environnemental plaide en sa faveur.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.06.2011