La Ville de Besançon et la Chambre d’Agriculture du Doubs portent le projet de convertir à terme une cinquantaine de fermes du bassin-versant alimentant la source d’eau potable de la moitié de l’agglomération à l’agriculture bilogique
« On ne peut pas continuer à s’attendre. Tout le monde a la volonté d’y aller, mais ça fait 3 ans qu’on tourne en rond... » Christophe Lime ne mâche pas ses mots et ses interlocuteurs encaissent. L’adjoint en charge de l’eau potable tenait, hier, à Gennes, une nième réunion avec 8 des 50 agriculteurs des 102 km2 du bassin-versant de la source d’Arcier. Contre une aide, ils sont engagés depuis plusieurs années dans la réduction des produits phytosanitaires. Au total, 205 hectares de cultures ont été reconvertis en prairies, moins gourmandes en pesticides. Et 602 hectares sur plus de 2.000 sont dans le discret plan éco-phyto de 2008 qui entend de diviser ces polluants par deux en 2018... « si possible », sacrée nuance...
Cela se traduit quand même par des analyses encourageantes juste en amont de la station de traitement de la Malate où sont dépolluées les eaux brutes de la source d’Arcier. Outre la nécessité sanitaire, on fera des économies car « plus l’eau est polluée, plus le traitement et les résidus sont coûteux ». L’objectif est maintenant d’aller plus loin. Le 9 juin 2009, une analyse a encore décelé plus du double de la concentration maximale admise en dérivé du glyphosate, issu du dangereux Round-Up. On l’avait dépassée deux fois depuis avril 2003 et un pic à cinq fois la dose... Quant au terrible atrazine, l’herbicide qui transforme les grenouilles mâles en femelles ou en hermaphrodites, interdit depuis 2003, des traces sont encore décelées de temps en temps.
Aller plus loin, c’est donc franchir le pas de la conversion à l’agriculture biologique. La Ville garantira par contrat les débouchés par le biais de la restauration scolaire où elle admet avoir des progrès à faire, par exemple pour travailler la viande. Un pied dans l’affaire, la Chambre d’agriculture propose aux paysans un suivi technique gratuit s’ils intègrent le réseau départemental de huit à douze fermes du plan écophyto. L’Agence de l’eau a également lancé un appel à projets pour la conversion en bio et, justement, l’accroissement des parts de marché des circuits courts et/ou bio dans la restauration scolaire.
« Quand les filières seront en place, les agriculteurs suivront. Quand Perrin est passé aux Oméga3, il a fait une réunion et tout le monde s’y est mis », répond Patrice Martin, producteur de lait à comté à Fontain. En aparté, il confie se méfier des décisions politiques : « Elles ne sont pas durables ». C’est pour ça que les agriculteurs sont invités à mettre le poids de leurs outils coopératifs dans la balance. « Franche-Comté-Elevage dit que c’est possible pour la viande », dit Christian Morel, paysan à Saône, élu à la Chambre d’agriculture. Pour le lait, il faudrait « une rencontre avec les deux coops du plateau (Fontain et Nancray) et Perrin ». Un agriculteur objecte que deux chaînes, une bio et une non, sont « difficiles pour une petite coop ». Morel suggère « des échanges de lait entre coops ».
« Il faut monter marche par marche, on est à la première », dit Christophe Lime.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 06.10.2010