daniel bordur - journaliste

La balsamine géante s’étend

Également appelée impatiente de l’Himalaya, c’est l’une des 80 plantes invasives de Franche-Comté.


Denis Rigoulot est observateur. Fréquentant assidûment les 4 km de rives du Doubs de son village, Grand’Combe-Châteleu, il a repéré l’an dernier « l’apparition d’une grande fleur rose en de rares endroits ». Mais cette année, « c’est une explosion : d’énormes massifs odorants ont envahi les bords de la rivière, semblant supplanter peu à peu les colonies d’orties. Il y en a sur les deux rives, elle gagne du terrain, commence à coloniser la partie aval, en direction de Morteau... » Dans une lettre qu’il nous a adressée, Denis Rigoulot avoue qu’il ne connaît pas cette plante à la tige creuse de 2 m de haut et aux « fleurs s’ouvrant en forme de papillon », aux « feuilles vertes, molles, finement dentelées en verticille ».

Il s’agit en fait de l’une des 80 espèces invasives recensées en Franche-Comté, la balsamine géante, également appelée balsamine de l’Himalaya ou Impatiens glandulifera Royle (impatiente glanduleuse), ou encore impatiente de l’Himalaya. Quand on compare les cartes 2006 et 2010 établies par le conservatoire botanique, on réalise qu’elle figure aujourd’hui sur au moins trois fois plus de stations qu’il y a quatre ans. On la trouvait dans les basses vallées du Doubs et de la Loue, de l’Ognon, de la Lanterne, plus rarement en amont, bien qu’elle figure dans la bible de Max André, « La Flore de la montagne jurassienne » (Néo-Edition, Besançon 2002).

Contrôler sa prolifération

Denis Rigoulot nous faisait part de ce qui lui semblait « ressembler à une conquête ». C’est effectivement le cas. Elle infeste les rives de cours d’eau, les étangs, les forêts alluviales, les ripisylves (arbres des bords de cours d’eau) et les mégaphorbiaies (transition entre zones humides et forêt) à reine-des-prés, les fossés et les talus humides... Originaire de Cachemire et du Népal, elle a été introduite en Europe au début du XIXe siècle comme plante mellifère et d’ornement. Elle est arrivée en France au début du XXe siècle par les plaines du Rhin et des Vosges, où elle est très fréquente. Utilisée par les jardiniers pour sa beauté, les apiculteurs l’apprécient pour son nectar tardif et abondant. Mais tiquent quand on en trouve trop dans le miel de sapin...

Se propageant par l’eau, elle se reproduit aussi par bouturage. En population étendue, elle peut éroder les berges en prenant la place d’espèces vivaces fixant les sols en hiver. Elle concurrence aussi des espèces aimant le soleil au bord de l’eau, et des hautes herbes de mégaphorbiaies.

Le conservatoire botanique entend sensibiliser les professionnels aux problèmes posés par cette impatiente, afin de « contrôler sa prolifération ». La plante est sensible à la fauche, ce qui épuise sa graine, mais il vaut mieux opérer avant la floraison, qui a lieu de juillet à septembre. Des essais d’arrachage sont possibles sur de petites surfaces, mais un suivi est nécessaire sur plusieurs semaines. Il convient enfin de recenser les autres espèces pour éviter de détruire celles qui peuvent être intéressantes. Et prendre garde à ne pas favoriser une autre espèce invasive... Rappelez-vous, il y en 80 dans la région. « On cherche surtout à les contenir sur les têtes de bassin », dit François Dehondt, le directeur du conservatoire.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 31.08.2010

- En savoir plus : www.cbnfc.org

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