daniel bordur - journaliste

L’espoir des pro-canal

Traumatisée par l’abandon du « projet dément » en 1997, l’association Saône-Rhin voie d’eau 2010 attend les conclusions d’une étude.


Le traumatisme de l’enterrement du grand canal est encore douloureux dans les esprits de ses partisans. La décision du gouvernement Jospin de « rayer d’un trait » la déclaration d’utilité publique reste en travers de la gorge de ceux qui se présentent aujourd’hui comme des « militants de la voie d’eau » rassérénés par le Grenelle de l’Environnement et les perspectives d’alternatives aux transport routier.

Le choc a été si rude, en 1997, que beaucoup n’osent toujours pas prononcer le nom de celle par qui leur malheur est arrivé, Dominique Voynet. Comme dans la saga Harry Potter où les personnages ne prononcent jamais le nom de Voldemort, le seigneur des ténèbres, ils disent « Qui vous savez »...

Hier à la CCI de Besançon, lors de l’assemblée générale des dix ans de leur association, Saône-Rhin voie d’eau 2010, ils étaient une trentaine à ressasser leurs contrariétés. « Alauzet (élu Vert de Besançon) ne connaît rien à la voie d’eau », dit Guy Picard, leur ancien président. « Les opposants au canal le sont au nom des milieux naturels, mais il faut leur dire que ce sont eux qui les ont détruits lorsqu’ils étaient au pouvoir », dit un adhérent. « il faut dire aux gens de la vallée du Doubs que les oiseaux migrateurs posent leurs pattes dans le canal Main-Danube », dit Pierre Mosson.

On dénonce les « chimères » des Comtois qui croient toujours aux « murs de béton de 50 m de haut et aux méandres rectifiés ». On projette des photos de la rivière allemande Altmühl qui, mise au gabarit européen, ressemble comme deux gouttes d’eau au Doubs vers Baume-les-Dames. Guy Picard regrette que la « toute puissante » CNR (Compagnie nationale du Rhône) se soit sentie « en terrain conquis en arrivant dans le Doubs, n’ait pas vu les impacts, ce dont quelques-uns ont profité, parlant de projet diabolique allant défigurer la vallée. Ah, si on avait eu des communicants ! Si les conteneurs avaient voté ! »

Les partisans de la voie d’eau disent avoir évolué depuis le grand canal. Ils brandissent la menace d’une A36 à « trois ou quatre fois deux voies » à moyen terme. Le propos de son président, Pascal Viret, n’est plus péremptoire comme celui des aménageurs du siècle dernier : « Il ne faut pas opposer voie d’eau et chemin de fer si l’on veut éviter le tout routier ». Surtout, il attend pour juin 2008 les conclusions de l’enquête d’opportunité en cours. « On aura un chiffre sur le tonnage potentiel, des impacts économiques, industriels, touristiques, sur la régulation des crues... »

On n’en est au début du commencement. « Inspirons-nous de la démarche suivie pour Seine-Nord en remettant toutes les phases de la procédure dans le bon ordre : étudier, informer, consulter, dialoguer, décider, enquêter, et enfin financer et réaliser », dit Pascal Viret dans un rapport moral plein d’espoir qui vise « l’échéance 2025/2030 ». Et qui prévient : « Nous vivons l’ère de l’opinion publique et des médias.une communication réussie sur le projet sera indispensable pour son aboutissement ».

Les opposants sont prévenus, la prochaine bataille sera sans pitié..

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 01.12.2007

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