daniel bordur - journaliste

L’échinococcose alvéolaire s’étend

Longtemps confinée au Haut-Doubs, à la Haute-Savoie et aux Vosges, cette maladie rare qui ronge lentement le foie s’étend en France.


Longtemps confinée à la Franche-Comté, la Lorraine, la Haute-Savoie et quelques secteurs du Massif Central, l’échinococcose alvéolaire s’étend. Selon une récente étude (1), la Normandie, Champagne-Ardenne, la Picardie, la Seine-et-Marne, la région Centre sont désormais touchées. On y a relevé jusqu’à 30% de renards contaminés, une proportion que l’on rencontrait il y a 20 ans dans le Haut-Doubs, le secteur historiquement le plus atteint.

Selon cette étude, jusqu’à 65% des renards sont contaminés dans le Haut-Doubs, localement plus de 60% en Haute-Savoie. Un renard contaminé est porteur, dans ses intestins, d’un parasite que l’on retrouve dans ses crottes. Ce parasite, une sorte de mini-ténia de 1 à 2 mm, est également présent chez les campagnols, petits rongeurs pullulant localement sur les plateaux jurassiens, dont le renard est un des prédateurs, un autre étant le chien. D’où le conseil de vermifuger régulièrement vos compagnons à quatre pattes.

Une expérience de vermifugation des renards a été menée, durant trois ans, dans les agglomérations de Pontarlier et Annemasse. « Cinq fois par an, on a mis vingt appâts au km2 sur un périmètre élargi », explique Benoît Combes, directeur de l’ERZ, [1]. On a ensuite relevé et analysé les crottes.

Résultat :« encourageant à Annemasse avec une faible prévalence de contamination ; peu satisfaisant à Pontarlier, les habitats, urbain et rural, étant plus variés ». Conclusion ? On forme l’hypothèse selon laquelle les différences de taille des territoires des renards, 40 à 50 hectares en milieu urbain, dix fois plus en milieu rural, ont joué un rôle dans la diffusion du parasite en milieu urbain et péri-urbain.

En s’urbanisant, le renard crotte dans les potagers des villes, dans les parcs urbains où se roulent les chiens qui, à leur tour, sont contaminés... L’extension géographique du parasite et l’arrivée des renards en ville augmentent les risques de contamination. L’ERZ en conclut à la nécessité d’un développement de l’information préventive.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 08.10.2009


Une meilleure prise en charge

- Professeur, Solange Bresson-Hadni, vous êtes spécialiste de la maladie. Y a-t-il augmentation des cas d’échinococcose humaine ?

- C’est une maladie très rare. Pour la France, le CHU de Besançon recense jusqu’en 2008 une quinzaine de nouveaux cas par an, dont une douzaine du Massif central et du Grand-Est. Pour 2009, nous avons 22 cas, plus deux suspicions.

- Toujours du Grand-Est ?

- Pendant longtemps, les premiers plateaux du Doubs (Amancey, Levier, Saint-Hippolyte, Pierrefontaine-les-Varans...) étaient les plus grands pourvoyeurs de malades. Les Alsaciens touchés ont tous effectué des cueillettes dans les Vosges. Cette année, il y a de nouveaux cas en Champagne-Ardenne et en Bourgogne. On vient d’avoir trois cas en trois ans dans l’Aveyron, un à Rouen...

- Comment s’installe la maladie ?

- Une larve progresse lentement dans le foie. Il n’y a pas de symptômes pendant dix ou quinze ans. Cela engendre une énorme réaction inflammatoire.

- Y a-t-il des personnes plus sensibles ?

- Sur dix en contact avec le parasite, une seule le laissera s’installer. L’université de Franche-Comté collabore avec la Chine dont le Nord-Ouest a un énorme foyer, lié au mode de vie des Ouïgours, très proches de leurs chiens, avec 15% de la population touchés. À Levier, c’est 1%.

- La maladie est grave...

- Oui, l’issue était fatale, mais il y a eu des progrès de prise en charge. Jusqu’en 1980, on la diagnostiquait trop tard. 50% des patients venaient avec une jaunisse. Le traitement était surtout palliatif et il y avait beaucoup de complications. À partir de 1982, on a sensibilisé les généralistes, fait des échographies abdominales plus fréquentes. On est passé de 7% de patients sans symptômes avant 1980 à 40% aujourd’hui. La chirurgie hépato-biliaire est passée de 3% des patients à 30 à 40% aujourd’hui. On enlève la lésion, le foie se régénère. On traite ensuite pendant 2 ans à l’albendazole qui endort le parasite : il en reste après l’opération dans 20 à 30% des cas. Il y a enfin la transplantation hépatique : sur 55 dans le monde sur cette indication qui reste exceptionnelle, 23 ont été faites à Besançon.

- Quel est le pronostic de survie ?

- Selon une étude suisse, l’espérance de vie était inférieure de 20 ans à l’espérance de vie moyenne dans les années 70. L’écart est aujourd’hui inférieur à 3 ans.

- Comment ne pas attraper la maladie ?

- Déparasiter son chien tous les deux ou trois mois, clore son potager, cuire les végétaux ramassés au ras du sol pendant 10 minutes à 60º (c’est dur pour les pissenlits !), se laver les mains au savon quand on travaille dehors.

[1] Entente interdépartementale de lutte contre la Rage et autres Zoonoses, basée à Malzéville (54), qui regroupe 45 départements.

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