daniel bordur - journaliste

Energie : accorder gestes et convictions

Une cinquantaine de foyers du Doubs sont devenus sociétaires d’Enercoop, une coopérative qui ne se fournit qu’en électricité d’origine renouvelable, sans nucléaire...


L’ouverture à la concurrence de la fourniture d’énergie a entraîné la création de quelques entreprises au côté de l’historique EDF. Parmi elles, Enercoop se distingue pour son appartenance revendiquée à l’économie sociale et solidaire. Créée par des militants à la sensibilité écolo, elle se fournit exclusivement auprès de petits producteurs d’électricité : deux centrales hydrauliques, une usine à biogaz, neuf en éolien, sept en photovoltaïque. La relocalisation de la production d’énergie fait partie des objectifs qui ont convaincu Florence Bulle et Didier Maillotte de figurer parmi les 3.500 sociétaires. Mais ce n’est pas le seul : « Le statut associatif et coopératif nous intéressait. On a toujours été très attachés au service public, mais l’orientation d’EDF dans le nucléaire ne correspond pas à ce que nous portons ». Dans la coop, une personne égale une voix lors des assemblées générales, qu’elle soit consommateur ou producteur. « Et les administrateurs sont des militants ». Noté 17/20 par Greenpeace

À partir de cette réflexion, ils ont cherché parmi les fournisseurs. Un rapport de Greenpeace, comparant les performances environnementales, leur a fait franchir le pas. Enercoop a la meilleure note globale, 17/20, grâce notamment à 20/20 en politique énergétique et en mix-énergie, là où EDF, GDF et Powéo ont 5/20 et 0 pointés. Enercoop fait moins bien sur le plan commercial (10/20), derrière Powéo (18) ou Direct-Energie (16), mais devant EDF (8) à qui Greenpeace reproche de promouvoir les voraces lampes halogènes et chauffage électrique.

Florence Bulle et Didier Mailotte apprécient également le réinvestissement des bénéfices dans les énergies renouvelables. Là encore, ils font davantage confiance au statut de société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) qu’à la loi du profit pour participer à la décroissance de la production et de la consommation d’énergie. Ils ont accompagné leur conversion d’achats d’appareils électroménagers moins gourmands et d’une démarche « pédagogique » en direction de leurs deux enfants.

Plus cher qu’EDF

Lucile et Bastien sont invités comme leurs parents à être vigilants en pensant à éteindre la lumière dans les pièces inoccupées de la maison de Châtillon-le-Duc, d’autant que le kW/h est « un peu plus cher que celui d’EDF » : 0,1397 euro contre 0,1106 pour le tarif réglementé à partir d’une puissance de 6 kVA. L’abonnement est également un peu plus cher. La satisfaction de ne pas contribuer au nucléaire ou à l’énergie fossile est à ce prix : « Seuls Enercoop et Direct Énergie proposent des offres de qualité significative pour être labélisées EVE (énergie verte) », lit-on notamment sur le site de Greenpeace.

Gérants du magasin Biocoop de Besançon, dont la coopérative nationale est partenaire d’Enercoop, Florence et Didier songent également à connecter à Enercoop leur boutique qui consomme pas mal avec sa production de froid. Pour l’heure, ils achètent à la société d’économie mixte Gaz et Électricité de Grenoble qui se fournit essentiellement auprès de microcentrales alpines.

Doux rêveurs les écolos ? Certains entendent mettre leurs gestes en accord avec leurs convictions... et l’urgence à agir. Dans le Doubs, ils sont une cinquantaine à avoir pris une part dans la SCIC.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.06.2009

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.