Trois associations suisses portent plainte contre la Suisse et la France auprès du Conseil de l’Europe.
Dans un communiqué commun, la Fédération suisse de pêche et les associations WWF et Pro Natura annoncent porter plainte contre la France et la Suisse auprès du Conseil de l’Europe pour sauver le Doubs. Elles s’appuient notamment sur la Convention de Berne, ratifiée par la Suisse en 1982, qui classe parmi les espèces strictement protégées, le Roi du Doubs, ou apron, petit poisson considéré comme un bon indicateur de la qualité des eaux. « Jusqu’à nos jours, aucune mesure opérante en vue de sauver cette espèce en danger d’extinction n’a été prise », estime Lucienne Merguin, de Pro Natura.
Cette plainte complète un recours du collectif SOS Loue et Rivières comtoises de janvier auprès du ministère de l’Environnement et de la Commission européenne de l’Environnement pour réclamer le respect de la directive-cadre sur l’eau, qui prévoit un « bon état écologique » des rivières pour 2015.
Habitant La Chaux-de-Fonds et patron d’une petite entreprise de mécanique au Locle, Laurent Giroud est responsable du dossier Doubs à la Fédération suisse de pêche. Nous l’avons joint hier au téléphone, alors qu’il était en bateau sur le lac des Brenets, en face Villers-le-Lac.
Qu’attendez-vous de cette plainte ?
On en a marre de se faire promener, des analyses alibi, des eaux saturées en engrais, alors qu’on nous dit être dans les normes. On veut faire bouger les autorités et les gens qui profitent de cette situation.
Vous déplorez l’absence de « contre-mesures efficaces » alors qu’il est, selon vous « démontré depuis 2003 que l’écosystème du Doubs est dégradé ». Quelles seraient ces mesures ?
Investir dans les stations d’épuration obsolètes, les réseaux séparatifs, dans la gestion des forces hydroélectrique. Depuis la libéralisation de l’électricité en 2004 en Europe, on est passé d’une gestion normale à une gestion pour maximiser les profits : avant, il y avait toujours beaucoup d’eau au barrage du Chaletot, maintenant, on passe en moins d’une heure de 2 à 46 m3, on met les fraies à sec, on stresse le poisson...
L’agriculture est-elle visée par votre plainte ?
C’est un problème sur l’ensemble du bassin-versant. L’agriculture est pressée par des impératifs économiques. Les éleveurs engraissent les pâturages pour y mettre davantage de bovins, plantent de l’herbe stérile qui remplace les champs de fleurs... Tout ça se retrouve dans les rivières. Les paysans disent qu’ils mettent moins de produits, mais ils sont plus concentrés. Surtout, avant, ils n’en mettaient jamais dans les pâturages ou les pâturages boisés (les prébois), seulement sur les cultures.
La situation est-elle comparable à celle de la Bretagne où des sangliers meurent intoxiqués ?
On n’en est pas loin ! Le problème est le même, ce sont les mêmes algues vertes.
Vous ferez peut-être condamner les États qui paieront une amende. Et après ?
Ils seront contraints de prendre des mesures à la hauteur. On veut des stations automatiques pour mesurer la qualité de l’eau. On sait à peu près les mesures précises car on a nos propres études. Mais il faut une étude du bassin-versant et un règlement de l’eau cohérent et respectueux de la rivière.
Propos recueillis par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.08.2011