daniel bordur - journaliste

De vraies bêtes de cinéma  !

Tourné en Bresse jurassienne, le film de Dominique Garing "La Vie sauvage des animaux domestiques" tente le point de vue des animaux de la ferme sur un scénario peu probable : et si le fermier les laissait vivre leur vie...


À force de voir des lions de parcs naturels exotiques dévorer des gazelles dans de spectaculaires documentaires animaliers, on en oublierait les mœurs de nos basses cours et de nos écuries.

Le premier film de cinéma de Dominique Garing, La Vie sauvage des animaux domestiques, relocalise en fait notre regard. Auteur de nombreux documentaires pour la télévision, producteur, Garing connaît bien son monde. Arrivé « par hasard » dans le Haut-Doubs dans les années 1970, il s’insère dans sa riche vie associative et créé un cinéma itinérant d’où naîtra Télé-Saugeais en 1978. Les comices agricoles n’ont pas beaucoup de secret pour ce fils de fromager à Traves (Haute-Saône) qui a des paysans parmi ses amis.

La Vie sauvage des animaux domestiques a été tourné à Pierre-de-Bresse, en Saône-et-Loire, à deux pas de Chaussin, en Bresse jurassienne. Le réalisateur a abandonné l’initiale intrigue humaine pour ne garder que le prétexte de filmer des animaux livrés à eux-mêmes. Au montage, on n’a pas gardé le troupeau malade de la vache folle, son évacuation sanitaire sous la protection des gendarmes et la déprime du paysan. On voit seulement l’ambulance l’emmener à l’hôpital, on le voit revenir à la fin pour le plus grand bonheur de son chien qui, le premier, l’a reconnu... comme Argos reconnaît Ulysse dans l’Odyssée, mais là, il n’en meurt pas.

La Vie sauvage des animaux domestiques, hormis un rythme parfois lent, est un film heureux et bienvenu. On y voit la jubilation de la liberté, mais aussi les frayeurs qu’elle suscite. La joie des cochons affamés se régalant dans le potager fait plaisir à voir. Leur découverte de la forêt toute proche et des cousins sangliers est un vrai bonheur. On suit les poules et les dindes, la mésaventure du coq avec le renard, la mortelle rencontre des grenouilles avec les cigognes, de l’œuf et de la fouine, l’émouvante leçon de marche de la jument à son poulain nouveau-né. On en apprend sur quelques notions de base comme l’importance du territoire, du nid, des hormones, de la lutte pour la vie...

Et tout est vrai, sinon vraisemblable. « J’ai montré le scénario à Marcel Ferreol qui était alors proviseur du lycée agricole de Dannemarie-sur-Crète, pour lui demander dans quel type de ferme il pouvait s’inscrire. Il a mis des élèves et des profs sur le coup, m’a envoyé des articles... La ferme est viable, il ne manquait qu’un atelier de transformation pour abattre les poulets. J’ai tourné en Bresse car je voulais un étang et une grande cour. On a récré le jardin qui était en friche, construit un ponton sur l’étang, installé une éolienne. On n’aurait pas tourné la même chose en Haute-Saône ou dans le Haut-Doubs  ! »

Tout est vrai, sauf que les animaux ne sont pas dans leur vrai rôle. Ce sont des bêtes de cinéma  ! « Le renard a joué dans Le Renard et l’enfant ; les chiens et les chats font des pubs pour la télé ; on n’a pas acheté de poules mais des œufs qui ont éclos dans les mains de l’imprégnateur et douze poules noires ont tourné pour n’en figurer qu’une », dit Garing.

Sorti le 14 juillet en 115 copies, le film était dans 60 salles françaises la semaine dernière et sera bientôt dans 80 salles allemandes. Pour autant, on ne peut pas dire qu’il a rencontré le succès. Ayant coûté 4 millions, il est destiné à une carrière un peu plus longue que les grandes productions à courte vie. Espérons que la rentrée le fera voir par le public scolaire. La leçon de choses a quelque chose de fascinant.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain 16 08 2010

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