Le 29e site Natura 2000 du département du Doubs s’appelle « Moyenne vallée du Doubs » et concerne 29 communes sur une superficie de 6 309 hectares.

L’épais document d’objectif de 232 pages vient d’être validé par un comité de pilotage de 90 personnes réunissant élus locaux, services de l’État, associations et acteurs économiques sous la présidence de Jean-Louis Fousseret, le patron de l’agglo bisontine. C’est l’aboutissement d’un long travail préparatoire, fait d’inventaire et de négociations, mené par Stéfanie Vincent. Après des stages en Finlande et au Canada, c’est le premier poste en responsabilité de cette jeune femme, ingénieur agronome et forestier. Spécialisée dans la protection des milieux naturels, elle travaille pour l’Établissement public territorial du bassin Saône et Doubs, basé à Mâcon, qui gère plusieurs sites Natura 2000.
Celui-ci concerne trois secteurs remarquables : la vallée du Cusancin, la vallée du Doubs de Hyèvre-Paroisse à Deluz, le marais de Saône. Le premier accueille notamment la superbe Source bleue, il est doté de tufières plutôt rares, abrite la bouvière, un poisson « qui pond ses oeufs dans une moule qui n’est présente que si les eaux sont de bonne qualité ». Le second est « important pour ses falaises accueillant rapaces et faucons pèlerins, et ses forêts de pente où vivent notamment pics et lynx ». Le troisième, connu pour sa zone humide à tritons crêtés et crapauds sonneurs à ventre jaune, fait déjà l’objet d’un plan de gestion : « Natura 2000 apportera des outils et moyens financiers pour certaines mesures de gestion. »

Le site additionne les deux types de protection propre à Natura 2000 qui repose sur deux directives européennes : « oiseaux » et « habitats, faune, flore », qui se recoupent largement. Il intègre également la protection des ripisylves, un mot essentiellement connu des naturalistes, désignant les espaces boisés des bords de cours d’eau qu’on appelle encore forêts alluviales. Les ripisylves abritent des arbres spécifiques, notamment aulnes et frênes. « La première menace est le défrichement et le reboisement artificiel, on y a beaucoup planté de peupliers, moins riches en biodiversité, pour l’exploitation... » Les zones d’éboulis font également la richesse écologique du secteur.
On entre désormais dans une phase de trois ans, dite d’animation, dans la perspective d’une mise en application des mesures de protection. Des réunions publiques se tiendront dans les mois qui viennent afin de « sensibiliser habitants et acteurs locaux ». Les mesures sont de trois ordres : le contrat, permettant la restauration de milieux, moyennant un financement en contrepartie de contraintes ; la charte, visant à une amélioration, moyennant des exonérations de taxes sur le foncier non bâti ; et enfin des études d’incidence en cas de travaux, étant précisé qu’il y a obligation de maintien en l’état.
L’agriculture est évidemment concernée par le biais de mesures agro-environnementales territoriales. Mais un diagnostic doit d’abord être fait avant qu’elles donnent lieu à contrats : elles ne seront effectives qu’en 2012.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 01.02.2011

Natura 2000 a longtemps fait peur à ceux qui pensaient pouvoir continuer à polluer comme Monsieur Jourdain. C’est-à-dire sans le savoir, puis, au fil du temps en refusant de savoir.
Natura 2000 leur permet de recevoir un peu de monnaie de l’Union européenne pour ne plus polluer mais aussi de préserver la biodiversité par leurs pratiques culturales, forestières, industrielles ou domestiques. Le dernier site en date dans le Doubs, 29e du nom, 71e de Franche-Comté, va en gros de Baume-les-Dames à Besançon, englobe une grande part de ce qui aurait pu, jadis, voir d’immenses convois de péniches sur le grand canal...
Avec Natura 2000, le spectre du « projet dément » s’éloigne encore un peu plus. En même temps qu’il appuie des opérations de sauvegarde et de gestion déjà engagées, du marais de Saône à la source d’Arcier ou celle du Cusancin, sans oublier les arrêtés de biotopes sur les falaises où nichent les faucons...
Ni les zones naturelles d’intérêt faunistique et floristique, les imprononçables Znieff, qui se contentent, c’est déjà ça, d’inventorier ce qui est remarquable. Et tout ça sur 1,21 % de la superficie du département. Qui l’eut cru ?