Plusieurs sources et affluents de la rivière charrient des déjections animales qui provoquent une prolifération d’algues modifiant la chaîne alimentaire aquatique.
Le classement par la justice de la plainte contre l’agriculteur du Bas-des-Prés (commune de Guyans-Vennes) qui avait rempli une doline de lisier au printemps 2006, nous a valu plusieurs réactions. L’une d’elle fait état d’une série d’épandages sauvages de lisier, une quinzaine de jours après le premier, dans une autre doline située à quelques centaines de mètres de la première. Située sur le territoire de Laval-le-Prieuré, entre le Bas-des-Prés et la falaise de la Roche du Prêtre distance de 200 m, cette doline abrite une jeune sapinière.
Un an après, ses pentes témoignent en plusieurs endroits de coulées de lisier : terre mélangée à la matière organique, présence d’orties, végétation différente sur le passage des coulées, traces laissées sur les pierres, dans les ornières ou des barbelés... Le lisier a disparu en s’infiltrant lentement mais sûrement dans le sous-sol karstique. Il s’est évidemment retrouvé dans l’une des nombreuses sources qui alimentent le Dessoubre.
Certaines, comme la source noire, sont presque à sec ces jours-ci et la rivière n’a pas beaucoup d’eau. Ce manque accentue sa colonisation par des algues brunes qui se collent aux galets de son lit et lui donnent une vilaine allure sombre. Elle souffre de la comparaison avec la Rêverotte, son affluent qui la rejoint à Gigot : ses galets sont nets et clairs.
Les algues modifient le substrat qui abrite la micro-faune qui se trouve au début de la chaîne alimentaire. Les perles et autres mouches du soir, bien connues des pêcheurs et très appréciées des truites, se sont raréfiées. Le Dessoubre, qui théoriquement accueille 300 à 350 kg de poissons par hectare, n’en a plus que 110 vers Saint-Hippolyte, dit un connaisseur.
La sapinière n’est pas le seul coin de verdure où coule une rivière de déjections animales, essentiellement bovines. En aval du Luhier, le long de la route descendant sur Consolation, on en voit des traces très nettes se perdant entre quelques pierres au milieu d’une luxuriante végétation. La source du Dessoubre proprement dite se loge dans un écrin d’orties, preuve d’un apport important de matière organique.
D’autres menus ruisseaux alimentent la rivière plus en aval. Ainsi, il y a fort à parier que le Pissoux ou la source des Trois Pucelles apportent des polluants au Dessoubre, à peine plus haut que le Moulin Girardot : on note à ce niveau une recrudescence des algues brunes. Selon certains, des colorations auraient montré qu’il y avait des communications souterraines en provenance de Bonnetage, du Bas de la Chaux (Les Fins), voire d’une perte de la Rêverotte du côté de Loray...
Il y a quelques jours, en aval de Rosureux, c’est le ruisseau de Vauclusotte qui charriait du lisier. Depuis, les écrevisses à pattes blanches qui aimaient l’endroit n’y sont plus. Comme pour la sapinière de la Roche du Prêtre, les gendarmes ont été prévenus.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 27.04.2007