Le neuvième colloque d’hydrogéologie en pays calcaire se tient depuis jeudi à la fac des sciences de Besançon. Des chercheurs, étudiants en doctorat et professionnels de 27 pays y participent. Entretien avec l’un des organisateurs, le professeur Jacques Mudry, responsable de la branche hydrogéologie du laboratoire de chrono-environnement.
Y a-t-il des associations de défense de l’environnement ?
Non, on ne souhaite pas que les problèmes sociétaux occupent le débat scientifique.
Le Jura est-il votre premier terrain d’étude ?
Oui, mais on travaille aussi plus loin. Ce samedi, le colloque se déplace à Fertans (Doubs), où on a équipé une falaise pour étudier les infiltrations d’eau du plateau jusqu’aux sources, cela pourra être un modèle de ce qui se passe sur la Loue.
Comment est-elle polluée ?
L’agriculture jurassienne a peu de pesticides. Quant aux pollutions organiques, les problèmes de la région sont les sous-produits d’élevage et d’assainissement : tout n’est pas collecté et traité...
La pollution est-elle commune aux zones karstiques ?
Ce qui est commun, c’est la ponction d’eau de consommation, l’épidémiologie, la vulnérabilité : beaucoup de Français et de Suisses travaillent sur ce thème. Les Néerlandais étudient les risques liés aux pesticides, les Italiens, le suivi géochimique des sources. J’ai écrit un article sur les matières organiques et les nitrates en Angleterre. Il y a des études sur la salinité de l’eau au Maroc, en Algérie, en Irlande...
Outre les pollutions, qu’est-ce qui est propre au karst ?
La difficulté des grandes réalisations : inondations (lorsqu’on creuse un tunnel, on peut avoir soudain 500 litres d’eau) ou vidanges intempestives de barrage : quand on met une charge hydraulique sur une faible épaisseur de sédiments.
Est-ce le cas à Vouglans ?
On a injecté énormément de ciment dans les fissures. Il y a de grosses cavités dans les appuis latéraux du barrage où il y a beaucoup de fuites.
Les milieux karstiques ont-ils toujours été habités ?
On habite depuis très longtemps à côté des ressources en eau du karst. La source d’Arcier (qui alimente Besançon), est captée depuis le IIe siècle. La ville a connu des épidémies de typhoïde au début des XIXe et XXe siècles. Après des études sur les impacts sanitaires des eaux souterraines du karst, on sait qu’il faut d’abord éliminer la turbidité car les particules d’argile transportent la pollution : bactéries, métaux lourds, hydrocarbures, pesticides, solvants...
Vous devez avoir du travail pour des siècles !
Non... Je suis assez optimiste. Il y a vingt ans, on n’analysait pas l’arsenic, or il peut être naturel, c’est le cas d’une quinzaine de communes en France. Et puis, les analyses d’eau potable sont de plus en plus fines et précises, on peut donc être plus restrictif sur les normes. Il y a aussi les progrès de l’éco-épidémiologie et de l’éco-toxicité. Le malheur, ce sont les autorisations de mise sur le marché, plus rapides que la connaissance des nouvelles molécules.
Qu’en tirez-vous pour la Loue ?
Ce ne sont pas les critères séparés qui expliquent la mortalité des poissons, mais une accumulation de choses différentes dont on n’a pas encore appris la logique.
La faculté a quand même fait des analyses.
Il y a des choses que l’on sait : l’appauvrissement de la biodiversité des végétaux, des algues, de la microfaune, de la macrofaune. Et la remontée vers l’amont des zones à problèmes.
Comment améliorer la situation ?
Il y a du positif quand on prévoit des assainissements, mais il en reste encore liés à une fissure... Et si le nombre de vaches n’a pas augmenté, leur productivité si, cela masque une augmentation de la charge polluante. Il y a davantage de prairies artificielles. On ne sait quel est le facteur déterminant, il faut faire d’autres études. On manque, par exemple, de données sur le magnésium, qui peut être influencé par les activités humaines.
Faut-il des analyses en continu ?
Ce serait utile sur certains paramètres, mais il faut les définir avant d’engager de l’argent.
Recueilli par Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.09.2011