daniel bordur - journaliste

Arsenic et vieilles poubelles...

Une étude confirme la présence de métaux lourds et de pesticides, d’antiparasitaires et de fongicides dans la réserve naturelle du ravin de Valbois.


Le ravin de Valbois est une superbe reculée, typique du relief karstique jurassien. Long de 3 km, bordé de falaises, il abrite une forêt qui n’est plus exploitée depuis un siècle. Au fond, venu de la combe des Oyes, un ruisseau tombe en une belle cascade de 70 m, traverse la forêt et une prairie avant de se jeter dans la Loue à Cléron, moins de 7 km après sa source, à Flagey-Amancey. Siège d’une exceptionnelle biodiversité, le ravin est classé réserve naturelle depuis 1983, au sein du site Natura 2000 Loue-Lison. Doubs Nature Environnement en assure la gestion et l’animation, notamment par le biais d’un sentier botanique sur une pelouse sèche située à proximité des ruines du castel Saint-Denis. Une première étude, en 2005, avait révélé l’absence d’espèces sensibles à la pollution. Une seconde étude, effectuée en mars et septembre 2008, plus précise, vient de confirmer que le ruisseau souffre de contamination toxique. Elle a été réalisée pour le compte du parc naturel du Morvan, dans le cadre du programme Life, par le laboratoire suisse RWB.

Biodiversité menacée

Faute de moyens on n’a pas fait de recherches dans des échantillons d’eau, mais seulement dans des prélèvements de mousses et de sédiments où « la chance de détecter un composé est inversement proportionnelle à sa solubilité ». Les sédiments contiennent des éléments chimiques pouvant être présents depuis dix ou vingt ans, les mousses des polluants plus récents.

On a donc trouvé des métaux lourds, en particulier du mercure et de l’arsenic. Le mercure peut notamment provenir d’anciennes décharges sauvages., l’arsenic est utilisé dans le traitement du bois et certains pesticides. On n’a pas trouvé de PCB (hydrocarbures polychlorobiphényles) mais des HPA (hydrocarbures polyaromatiques) « issus d’une combustion incomplète de matière organique ». On a également trouvé des « concentrations moyennes à fortes doses d’herbicides, d’insecticides, d’antiparasitaires et de fongicides ».

Par exemple, du méthoxychlore (remplaçant du DDT) ou des pyréthroïdes (insecticide utilisé notamment contre la fièvre catarrhale ovine)... Pour les auteurs de l’étude, la situation du ravin est « grave et préoccupante, sa biodiversité est menacée... La protection en réserve naturelle ne semble pas avoir eu d’impact sur la qualité chimique. Au contraire, le réseau hydrographique drainant le vallon est franchement pollué ».

Ils suggèrent « la réalisation d’une carte hydrogéologique précise, préalable fondamental à toute tentative d’assainissement ». Ils proposent une étude des sols et le ciblage des « zones à risque de contamination élevées des eaux souterraines », mais aussi « une enquête approfondie de l’ensemble des utilisateurs de produits toxiques » afin de les rendre « attentifs aux conséquences de leurs agissements ». Et pour finir, un programme d’« alternatives d’exploitations à proposer au cas par cas ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.05.2009


« Affiner le diagnostic »

Doubs Nature Environnement (DNE) a présenté l’étude aux élus locaux le 19 mai, mais aussi aux principales entreprises pouvant être source de polluants : Coquy, implanté 50 m en amont de la source, la pépinière Duchène qui a des parcelles dans le lit mineur du cours d’eau. « Le premier contact a été positif, elles avaient déjà pris des mesures mais il y a eu des failles, il faut voir avec eux comment améliorer », explique Dominique Langlois (DNE). Elles ne sont évidemment pas les seules à être concernées : agriculteurs, jardiniers amateurs, artisans, collectivités, bref tout le monde ou presque, peut avoir contaminé l’environnement à l’insu de son plein gré.

Référendum ?

Y compris en refusant une taxe comme cette majorité relative de quatre conseillers municipaux de Chassagne-Saint-Denis qui ont retoqué le projet d’assainissement communal par lagunage, largement subventionné par l’Agence de l’eau, présenté par le maire, Félix Chopard [1]. Cependant, la faille ou se perdent les effluents du village ne rejoint pas le ruisseau de Valbois, mais la Boneille...

Déçu, l’élu espère que ce n’est que partie remise et envisage une réunion publique pour informer les habitants, voire un référendum local. A Chassagne, c’est plutôt l’ancienne décharge que l’on estime source de pollution du ruisseau de Valbois. Tout comme à Flagey-Amancey où l’on a choisi, avec le Sybert, une réhabilitation de l’ancienne décharge, avec plantation de frênes et d’érables après analyses et remise en terre. Pierre Maire, le premier magistrat, également vice-président de la communauté de communes du plateau d’Amancey et du syndicat mixte de la Loue, ne cache pas avoir été surpris par l’étude : « C’est inquiétant, on ne voit pas le ruisseau de Valbois comme un égout ».

Comment les habitants vont-ils prendre la chose ? « Tout dépend comment on la leur présente. Et puis, les uns sont plus réceptifs que d’autres... De toute façon, il faut affiner le diagnostic, déterminer d’où viennent les polluants. Avec Jean-Pierre Vieille, autre vice-président, on va proposer que le syndicat mixte de la Loue porte l’étude à venir... » Conseil général, Agence de l’eau et Université doivent concourir à un dossier qui devrait être lancé à l’automne.

Tester avant d’étendre

L’objectif est de construire une méthode destinée à tester sur les 20 km2 du bassin-versant de Valbois la réhabilitation du milieu. Et de l’étendre à l’ensemble de la vallée de la Loue si elle est concluante, ce qu’on ne saura pas avant cinq ans...

Pour l’heure, DNE a programmé une première réunion publique, le 16 juin à 20 h 30 à Chassagne-Saint-Denis, pour présenter l’étude. Mais histoire de ne pas plomber l’ambiance, on évoquera aussi des solutions : un technicien de la Fredon expliquera ainsi comment se passer de pesticides...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.05.2009

[1] Il y a eu 3 abstentions et 2 voix pour, dont celle du maire. Ce vote ne traduit pas forcément une opposition au principe même de l’assainissement. Il montre d’une part l’expression des divergences au sein du conseil, ce qui est normal en démocratie. Il révèle sans doute une défiance entre personnes comme on le voit dans toute collectivité humaine. Il montre aussi le refus d’un projet bien subventionné qui, non seulement instituait une nouvelle taxe et prévoyait un emprunt, mais n’aurait concerné qu’une moitié des maisons du village, celles déjà raccordées à un collecteur datant de 1962. Les autres sont dotées d’équipements individuels pas tous aux nouvelles normes européennes : les intégrer aurait-il permis de faire passer un projet alors plus coûteux ? Pour l’heure, les projets d’assainissement sont notamment aidés par l’Agence de l’eau et le Conseil général. (DB/ER 30.05.2009)

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