Convivialité et bons produits sont les recettes simples de la foire aux saveurs d’automne de Pouilley-Français, près de Besançon.
Les saveurs d’automne avaient encore un goût d’été, hier à Pouilley-Français. Et cela faisait drôle d’avoir soudain dans les narines la caractéristique odeur du fumé de montagne. « Cinq jours dans le tué, c’est pas de la cavalcade », rigole Philippe Renaudot, fabriquant de morteau au Barboux. « Je viens depuis onze ans. Avant, je faisais beaucoup de foires, j’ai tout arrêté sauf celle-là. Les gens cherchent autre chose que ce qu’on trouve partout ». On le comprend, la morteau à cuire à 11,20 €/kg et la montbéliard à 9,50, c’est plus qu’honnête.
Les prix sont d’ailleurs populaires sur cette foire qui a fait bien des émules depuis sa première édition, il y a seize ans. On trouve des noix entre un et deux euros. Amélie et Pascal Heinrich, musiciens, sont venus de Dammartin-Marpain, entre Pesmes et Moissey, vendre la récolte de leur unique noyer : « il y en a tant qu’on ne sait pas quoi en faire. C’est la deuxième fois qu’on vient, il y a une bonne ambiance mais on vend un peu moins parce que c’est l’année des noix et des noisettes... »
Raoul et Michel Benoît sont venus de Pupillin avec des noisettes provenant des 3.150 arbres de leur verger de 5 hectares. Il y a 25 ans, ils en ont planté trois sortes après des analyses géologiques et pluviométriques réalisées par l’INRA. C’est une activité d’appoint et les clients peuvent venir faire la cueillette eux-mêmes : « C’est plus convivial et on peut même pique-niquer ! »
C’est aussi la fête aux amateurs de pommes. Ancien pépiniériste, Claude Vuaillat a amené une cargaison très variée d’Abbans-Dessous : locard vert, reinette baumann, rose de Berne, rouge et jaune de Cussey, pigeonnet blanc d’hiver, doux fruit qui se garde bien comme son nom l’indique... « Tout le monde veut des belles filles de Salins, mais je n’en avais plus à 8 h... » En face, l’association bisontine de pomologie présente ses spécimens, disserte sur tel fruit qu’on lui amène. Un avant-goût de l’exposition du 4 novembre à Saint-Ferjeux.
Pas bien loin, Paulette et René Lucot, souriants retraités, ont amené leurs pommes et coings d’Osselle. Ils n’ont raté la foire que l’année où René s’est cassé quatre côtes en tombant d’un arbre... Il est intarissable sur l’entretien du verger mais s’inquiète : « Quand notre génération va s’arrêter, il n’y aura plus de verger, ça n’intéresse pas les jeunes. Nos voisins achètent des tomates à l’hypermarché alors qu’on les leur donnerait... » Ils font aussi du miel et constatent : « les abeilles vont mieux depuis l’arrêt du gaucho et du régent... »
Entre les bambous de Serge, les courgettes d’Henry et les confitures d’Anatole, des perles de rire nous tombent dans l’oreille : « Alors, les brigands de la citrouille ! ». Trois étals plus loin, Jeanne Oudin, agricultrice à Bucey-les-Gy explique comment cuire à la vapeur le potimaron (2,50 €/kg). Une cliente le coupe en deux et le met au four « avec du sel, du poivre et de la crème ».
Mange-t-on de la choucroute quand il fait si beau ? « Les gens en reprennent dès qu’arrive le 15 août », assure Pascal Claude, cultivateur et transformateur dans le Haut-Rhin. « On peut la faire sous toutes les formes, la manger crue en été, c’est 20 calories pour 100 g et c’est bon pour le transit intestinal ! »
Auxiliaire de vie, Michèle Poitrey est derrière l’étal que son fils Cyril a démarré il y a quinze ans. Pour vendre les surplus du jardin : noix, carottes, betteraves, échalotes... Sur les 150 exposants prévus, une trentaine a fait faux bond aux organisateurs. Dommage, dit l’un d’eux, on a refusé des demandes. Les chalands, eux, se pressaient comme d’habitude par milliers. Entre vin et jus de pomme, bière et artisanat, pain, fleurs et gâteaux.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.10.2007