daniel bordur - journaliste

Ah qu’il est bas le débit de l’eau


LA SÉCHERESSE se constate partout, se vérifie dans les chiffres. À Besançon, la végétation aquatique est visible comme rarement. Le débit du Doubs était hier à 15 h de 19,1 m3/sec, à peine plus que l’étiage quinquennal (14 m3/sec), la moitié de la moyenne des mois de mai les plus secs (39,2 m3/sec), le quart de la moyenne de tous les mois de mai (84,8 m3/sec). « La situation est équivalente à un mois de juillet », indique la MISE (mission interservices de l’eau).

En attendant la pluie, les agriculteurs qui le peuvent font les foins, préférant avoir un peu de fourrage au risque de voir le soleil brûler un peu plus la terre... L’irrigation, peu présente dans le département, à l’inverse du Val d’Amour jurassien, fait l’objet de restrictions depuis la prise d’arrêtés préfectoraux l’interdisant en journée, dès le 29 avril dans le Doubs. Même sans arrêté, l’irrigation se doit de respecter les « débits réservés » sur les cours d’eau. Au même titre que les piscicultures, les captages d’eau potable ou les microcentrales. « Tout prélèvement d’eau peut avoir des effets importants sur les milieux naturels », dit la MISE. Huit d’entre elles, sur les quelque 300 du département, loin d’être toutes en fonction, ont été contrôlées à l’occasion d’une opération conjointe de la police de l’eau de la DDT (ex-DDA), de la DREAL (environnement) et de l’ONEMA (office national de l’eau et des milieux aquatiques).

« Tout le monde doit participer à l’effort »

Déterminer un débit nécessite tout une batterie de mesures. À l’aide d’une perche graduée, équipée d’un moulinet, d’une hélice et d’un compteur d’impulsions, Alain Gauthier et Norbert Marguet, techniciens hydromètres à la DREAL, sont rompus à l’exercice. À Champagne-sur-Loue, en face de l’usine hydroélectrique de Roche sur Loue d’Arc-et-Senans, ils ont effectué près de 120 enregistrements sur la largeur du cours d’eau : en 39 points et à différentes profondeurs : « L’eau va plus vite en surface qu’au fond, et ici plus vite en rive droite qu’en rive gauche », explique Alain Gauthier.

L’ordinateur moulinera toutes les mesures et donnera un débit qui sera comparé au débit réservé en dessous duquel l’usine « doit arrêter de turbiner ». À cet endroit, il est de 5,3 m3/sec, soit le dixième du « module » ou débit moyen de la rivière sur un an. Outre la mesure du débit, la police de l’eau contrôle la cote : « L’exploitant doit maintenant avoir une échelle limnimétrique », explique Magali Poudevigne, technicienne à la DDT.

Ces contrôles sont-ils fréquents ? « On en fait tous les ans sur des ouvrages sélectionnés, davantage en été et en période d’étiage ». L’usine est-elle dans les clous ? La machine n’avait pas délivré son verdict à l’heure où ces lignes sont écrites. À la louche, donc sans garantie, les hydromètres évaluaient le débit à « 5 à 6 m3/sec »...

En fait, il s’agit surtout de faire passer le message que « dans le contexte de la sécheresse, tout le monde doit participer à l’effort », dit Magali Poudevigne.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 25.05.2011

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