daniel bordur - journaliste

A Geneviève Magnonle Drugeon reconnaissant

La jeune femme a piloté le sauvetage de l’affluent du Doubs canalisé pour assécher des marais. Elle intervient dans une semaine à Lyon lors d’un colloque consacré aux zones humides (janvier 2002).


Quand on lui demande ce qu’elle pense des élus qui veulent remplacer les techniciens, elle répond : « Il ne peut y avoir de projets cohérents si des gens ne s’en occupent pas pleinement ». Ardéchoise ayant fait ses études d’aménagement régional et développement local à Lyon et Aix-en-Provence, Geneviève Magnon est tout simplement la cheville ouvrière du sauvetage du Drugeon.

La petite rivière de plaine haute qui se jette dans le Doubs au nord de Pontarlier, a failli mourir d’avoir été canalisée, rectifiée, draguée dans les années 60 et 70. On pensait alors récupérer 2.000 hectares de marais asséchés pour l’agriculture. On a tout juste atteint 150 hectares.

Les pêcheurs avaient les premiers remarqué que « le Drugeon était devenu un égout : l’écrevisse avait disparu, la truite avait régressé, il y avait des algues partout, la qualité de l’eau était altérée », dit Geneviève Magnon. Les pêcheurs et les associations, mais pas les élus ! Des chercheurs de la faculté des sciences de Besançon avaient planté leur éprouvettes à Bonnevaux, faisant du secteur une zone d’étude de premier plan : « Ils disaient qu’elle était écologiquement exceptionnelle ». Mais pas grand monde, sur place, ne les entendait.

Croire à la gestion de l’eau

Alertée par une association refusant le creusement d’une sablière à Sainte-Colombe, la Direction régionale de l’Environnement a regardé un jour le Drugeon d’un peu plus près. Et mis en place avec la Région un plan doté de 10 MF de fonds européens. Le programme LIFE (l’instrument financier pour l’environnement) était né, encore fallait-il le faire vivre : « Il n’y avait qu’un chargé de mission à mi-temps. Au bout des trois ans du programme, on n’avait pas dépensé 1 MF. La commission européenne a dit : embauchez quelqu’un à plein temps, montrez que vous pouvez et on vous donne un an et demi de plus ».

On est alors en 1995 et les élections municipales amènent un nouveau président à la tête du syndicat intercommunal qui pilote le programme : l’ombrageux et volontariste Christian Bouday. Il embauche Geneviève Magnon qui avait suivi le dossier au syndicat mixte Saône-Doubs où elle s’occupait du Schéma d’aménagement et de gestion de l’eau que présidait André Cuinet « avec qui ça se passait très bien parce qu’il croyait à la gestion de l’eau ».

Elle avait saisi une sacrée occasion, d’autant que l’équipe s’étoffa. « On a eu 18 mois pour dépenser les 9 MF restant et on l’a fait : achat de terrains ; première tranche des travaux de reméandrement ; défrichement de zones humides, les bas marais pâturés par les génisses que les paysans fauchaient à la fin de l’été... »

Sauver les pêcheurs de grenouilles

Depuis, le reméandrement a continué, redonnant vie à la rivière en la faisant revenir dans son ancien lit. Par endroits, il a fallu être accommodant pour ne pas mettre le feu aux coutumes locales, comme la pêche à la grenouille, ce qui aurait compromis l’ensemble du projet. Les batraciens, ne pouvant plus pondre dans une rivière au cours accéléré, s’étaient réfugiés dans d’anciens bras ou dans les mini étangs creusés pour les accueillir...

Ces travaux ont fait de la vallée du Drugeon la zone humide de référence en Franche-Comté où il en reste dans les Vosges saônoises et sur le plateau de Maîche-Le Russey, du côté de Mouthe et des Pontets, de Bellefontaine et de Chapelle des Bois... Le problème, dit Geneviève Magnon, c’est que « partout on a mis des drains parce qu’à une époque il fallait donner des terres aux agriculteurs ». Ce temps est révolu, il faut désormais réparer les dégâts : « Le Haut-Jura commence à faire quelque chose avec le Parc Naturel... »

Faire quelque chose. C’est l’objectif du colloque sur les zones humides organisé par l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, mardi 29 janvier à Lyon. Avec Geneviève Magnon pour parler du Drugeon et débattre avec élus et techniciens de solutions à mettre en oeuvre à plus vaste échelle.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 21.01.2002

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