Se tenant tous les deux ans à Besançon, les douzièmes rencontres européennes de phyto-aromathérapie de juin 2008 ont évoqué une affection chronique, touchant 40% des enfants.
Le douzième colloque européen de phyto-aromathérapie s’est tenu ce week-end à Besançon sur le thème des allergies de l’enfance à l’adolescence. Touchant 20% des adultes et 40% des enfants d’Europe et d’Amérique du nord, les allergies sont la cinquième cause de maladie chronique de l’adulte, la troisième chez l’enfant. La progression est telle que le médecin ORL suisse Pierre-Olivier Tauxe pose abruptement la question : « Tous allergiques demain ? »
Si l’on n’y prend pas garde, peut-être... « Plus on donne de l’hygiène aux enfants petits, plus il y a d’allergies », estime Danielle Roux, enseignante du diplôme universitaire de phyto-aromathérapie de Besançon, qui ajoute aussitôt faire « la différence entre hygiène et propreté ». Quelle est-elle ? « On a besoin du contact avec les allergènes pour que les enfants développent leurs défenses ».
Autrement dit, vouloir à tout prix éviter le contact de nos bambins avec la poussière amoindrit leur capacité de résistance. C’est le sens de la recherche épidémiologique présentée en ouverture par le professeur Jean-Charles Dalphin, pneumologue au CHU de Besançon : les enfants des fermes ont moins d’allergies que les autres. Claude Bernazeraff, dermatologue et psycho-somaticien, considère pour sa part que « la peau, qu’on montre à l’extérieur, est le reflet de l’intérieur ». On touche là à une médecine qui prend forcément en compte le vécu du patient, sa psychologie.
La peau est en effet, avec les yeux, le nez, les bronches ou le système digestif, un des organes sensibles aux allergies. Normal, ils sont en contact permanent avec des substances étrangères par le biais de la nourriture ou de la respiration.
Le système immunitaire, explique Jacques Fleurentin, président de la Société française d’ethnopharmacologie, « élimine ou neutralise sans difficulté ces substances, mais il arrive parfois que ces réactions immunitaires soient excessives, c’est l’allergie ». Elle va jusqu’à l’urgence médicale, comme l’urticaire géant, l’œdème de Quincke (gonflement de la gorge) ou le choc anaphylactique. Jacques Fleurentin, qui a étudié des sources historiques remontant jusqu’à l’Antiquité grecque, a repéré de nombreux savoirs traditionnels. En Grèce donc, mais aussi chez les Arabes et les Perses du Moyen Âge, dans l’Europe de la Renaissance, aux 19e et 20e siècles.
Les connaissances empiriques ont toutes été confirmées par la science moderne qui les a précisées, expliquées, publiées. Les plantains, herbacés vivaces à feuilles en rosette à la base, sont anti-inflammatoires, antiallergiques, antitussifs, antispasmodiques. Au 1er siècle, on savait que leurs feuilles soignaient ulcères, hémorragies et diarrhées... L’arnica est mentionné dans des textes du 12e siècle, la pensée sauvage dès le 16e, mais aussi le bleuet ou le giroflier dont les clous soignent les dents et l’estomac...
Le biologiste Yves Augusti traite, lui, des premiers mois de la vie. Quand le bébé dont la flore intestinale quasi inexistante a besoin d’immunoglobulines [1], il les trouve dans le lait maternel alors que le placenta les bloquait. On comprend mieux, en cas d’impossibilité d’allaiter, la nécessité d’un lait alternatif riche en immunoglobulines, celui de vache étant le meilleur. Le docteur Augusti assure également que « la vaccination, en stimulant les réactions immunitaires, amplifie l’allergie ». Mais cela, les tenants de la phytothérapie et de l’aromathérapie, comme de l’homéopathie, le défendent depuis longtemps.
Daniel Bordur / L’Est Républicain 23.06.2008
[1] protéïnes de défense