daniel bordur - journaliste

Paysans-écolos, même débat

Première en avril 2008 : la chambre régionale d’agriculture a invité Franche-Comté Nature Environnement pour un échange de points de vue. Débuts prometteurs.


En tenant session à Salins-les-Bains (Jura), la chambre régionale d’agriculture a donné l’occasion à son ancien membre devenu premier adjoint, Jacques Girod, de faire passer quelques messages. 10 % des 2 000 curistes venant dans la petite ville thermale sont à la mutuelle du monde paysan. Un nouvel établissement thermal est en projet pour « doubler la capacité d’accueil ». Bénie soit donc la source salée de 12 m3 qui permet de résister à la déconfiture de l’industrie de la faïence, à la baisse démographique, à la topographie compliquant les projets.

La ville où fut créé le premier crédit agricole de France pourrait aussi devenir un lieu de pèlerinage mutualiste, puisqu’elle est en train de négocier le rachat de la maison où la banque fut créée le 16 février 1885, avec l’aide de l’actuelle caisse régionale.

Après ce hors-d’œuvre touristique, on passa à un plat de résistance inédit. Le président, Michel Renevier, avait invité Gilles Séné, son homologue de Franche-Comté Nature Environnement. Autrement dit, pour beaucoup d’agriculteurs, l’ennemi écolo. Mais on n’était pas à la guerre, plutôt au débat. « Travailler conjointement est nécessaire, vous travaillez la terre, nous pensons à la terre », commença Gilles Séné. « Quand l’agriculture fut inventée, au néolithique, l’objectif était de mettre les hommes à l’abri des pénuries... Nous y sommes toujours », asséna-t-il, déplorant que la « production agricole soit au service d’une puissance ». Cette allusion aux furieuses batailles sur les marchés fait songer aux propos tenus dimanche par le ministre allemand de l’Agriculture, accusant les groupes internationaux de privilégier la « maximisation des gains avant l’approvisionnement des gens », défendant « une agriculture paysanne et non pas industrielle », à la grande joie de Guy Bailly (Confédération paysanne).

Circuits courts

Gilles Séné a ensuite décrit « l’érosion de la biodiversité depuis les années 1970 », montré que les courbes, parallèles depuis 400 000 ans entre température de la Terre et émission d’oxydes de carbone, venaient de se séparer. « Si les Terriens consommaient comme les Français, il faudrait 3,3 planètes, comme les USA 6... » Il propose un « retour aux fondamentaux, donc au sol et à l’homme ». Il assure : « nous avons 15 ans pour réorienter une nouvelle politique », mettre en place des circuits courts, faire des bilans énergétiques, des sols, de biodiversité avant de décider. Il estime que « le bio n’est pas forcément durable, on en fait sous serre », veut « sortir des politiques opportunistes » et propose une « autonomie alimentaire complète pour la Franche-Comté qui souffre moins » que le reste du monde avec son climat et ses AOC.

Michel Renevier parle de « diagnostic largement partagé » de « progressivité dans l’action », pointe des « convergences » sur le social, l’agronomie, ou la formation. Mais il estime « difficile de revenir en arrière sur le mode de distribution ». « Des changements radicaux peuvent être très rapides », dit Gilles Séné. Jean-Claude Jeannin (FDSEA) partage son avis sur les transports, déplore acheter à Bavans du comté de Bannans emballé à Avignon, ne croit pas à l’autonomie alimentaire régionale. Sylvain Marmier (FDSEA) qui veut qu’« agriculture et environnement travaillent plus ensemble » explique que « les pollueurs sont hélas les plus petits qui n’ont pas été soutenus, on ne fait pas tout en deux ans ».

Le céréalier jurassien Yves Camuse frappe fort : « Votre recherche d’utopie est sympathique, mais votre dogmatisme est idéologique et vos chiffres sont faux... » M. Lavrut (FDSEA) craint que le constat de FCNE ne « démoralise une profession qui a déjà fait beaucoup d’efforts : aujourd’hui, la vie du sol est au cœur des exploitations ». Séné répond, content d’être là, que l’agriculture est loin d’être la seule responsable : « On n’est qu’au début de la discussion... », dit-il avant de partir faire son cours de biologie dans un lycée bisontin.

Paru dans L’Est Républicain le 22.04.2008

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