daniel bordur - journaliste

« Trop d’azote pour l’AOC comté ! »


Deux mois après la réunion du conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques, le préfet n’a toujours pas autorisé l’unité de méthanisation du GAEC L’Aurore, à Reugney (plateau d’Amancey), 141 vaches et 850 000 litres de quota. La lettre ouverte publiée vendredi dernier par la Commission de protection des eaux (CPE) sur son site Internet, n’est certainement pas étrangère à ce qui paraît dicté par la prudence.

Adhérent de l’association, Yann Henry, médecin au CHU, a épluché le dossier présenté par le GAEC, les réserves formulées par plusieurs services de l’État (Environnement, Agriculture, Santé) et la commission locale de l’eau, ainsi que les réponses des agriculteurs.

Yann Henry, qui a fait relire son analyse par des agronomes, n’est pas totalement convaincu. Il approuve le principe de la méthanisation qui consiste à transformer en énergie les biogaz émis par le cheptel, mais il critique les choix techniques du GAEC de Reugney. Ils conduisent, selon lui, à épandre davantage d’azote minéral que les 50 unités à l’hectare autorisées par le cahier des charges de l’AOC comté.

Azote minéral : près de deux fois la dose autorisée

Suivons son raisonnement. L’azote minéral entre pour 80 % dans la composition des résidus de méthanisation, les digestats. Le dossier annonce passer de 113,21 unités d’azote à l’hectare aujourd’hui à 102,4 unités après la mise en service du projet. Est-ce une moindre fertilisation ? Pas du tout, conteste Yann Henry. Le dossier présenté par le GAEC L’Aurore décompose les 113,21 unités d’azote épandues aujourd’hui en azote organique (73,15 unités) et en azote minéral (40,06 unités). On est donc dans les clous, ou quasiment. En revanche, il ne donne aucune indication pour l’après. Et pour cause, 80 % des 102,4 unités donnent 81,92 unités d’azote minéral, soit deux fois la dose autorisée. Sans compter qu’on n’envisage pas de supprimer mais de diminuer les achats d’azote minéral

Quelle est la différence entre les deux formes d’azote ? « L’azote organique enrichit le sol sur le long terme, l’azote minéral l’épuise. L’organique est piégé dans le sol grâce à ses atomes de carbone, le minéral est immédiatement disponible pour les plantes. » Si elles ne sont pas au bon stade végétatif, l’azote minéral s’infiltre... dans le karst.

Autre chose : l’azote organique vient du fumier, l’azote minéral du lisier : « Si l’on constate une augmentation du taux de nitrates dans la Loue depuis quelques années, c’est parce qu’on est passés de l’azote organique à l’azote minéral, du fumier à l’élevage sur caillebotis et au lisier », assure le jeune médecin.

Peut-on faire autrement ? Oui, affirment Yann Henry et la CPE, en prévoyant une autre valorisation que l’épandage sur le bassin-versant de la Loue pour les digestats, « c’est ce que font les Suisses et les Bretons depuis peu ». Comment ? « En séchant les disgestats, grâce à la chaleur du générateur fonctionnant au méthane, puis en les envoyant dans les régions déficitaires ou le réseau des jardineries. C’est à faire dès la conception, sinon je vois le truc, on va nous dire qu’on le fera plus tard. Cela coûterait 300 000 euros de plus, pas loin du montant des subventions, sur un budget de 700 000 euros... »

La CPE interroge : « Le préfet signera-t-il l’arrêté d’autorisation après avoir décidé d’organiser le sauvetage de la Loue ? »

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 03.09.2010


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