C’est ce que demandent des associations de défense de l’environnement et de pêcheurs à la filière comté
Le collectif associatif SOS Loue et Rivières Comtoises [1] a adressé une lettre ouverte au comité interprofessionnel du comté (CIGC). Alors que sa commission technique examine aujourd’hui un projet de modification du cahier des charges de l’AOP, le collectif conjure le CIGC de ne pas « aller dans le sens d’une surfertilisation » pouvant « s’apparenter à un déplafonnement des seuils de lisiers ou digestats », ces derniers étant issus de la méthanisation. Ce faisant, le collectif va un peu vite en besogne en écrivant que la décision doit intervenir aujourd’hui. C’est l’assemblée plénière du CIGC, et non la commission technique, qui prendra la décision finale, sa tradition étant le consensus.
N’empêche, la missive s’appuie sur des arguments scientifiques. Notamment le fait que « l’absence d’atome carbone de l’azote ammoniacal (constituant 80 % des lisiers et digestats), comme des nitrates, empêche toute fixation dans le sol : tout excédent percole irrémédiablement vers les eaux superficielles et/ou souterraines. Cet excès de nutriments concourt à l’eutrophisation et à l’asphyxie des rivières ».
L’apport est aujourd’hui limité à 120 unités d’azote par hectare dont 50 de « fumure azotée minérale » (engrais de synthèse, lisier). Le collectif estime qu’un seuil de lisier ou de digestat passant à 80 unités « augmenterait très significativement les apports en nitrates ». Il craint une « perte de biodiversité floristique » car les « nitrates de synthèse, lisiers et digestats favorisent les plantes à croissance rapide, ce que confirment les études en cours sur la vallée du Dessoubre ». Il cite la Direction départementale des territoires du Doubs qui observe à propos d’un projet de méthanisation que « l’épandage de digestat ne va pas dans le sens d’une amélioration des pratiques de fertilisation sur la qualité de la flore, des sols et de l’eau ». Le collectif a engagé en janvier un recours auprès de la ministre de l’Écologie sur les pollutions des rivières du massif jurassien pour non-respect par la France de la Directive européenne sur l’eau, la Commission européenne ayant « enregistré le dossier comme plainte ». Pour le collectif, « toute modification du cahier des charges allant dans le sens d’une augmentation des apports en azote sous des formes hautement lessivables, constituerait une nouvelle infraction » à la directive.
Daniel BORDUR / Est Républicain 16 juin 2011
[1] AMPER-TOS, WWF-France, CPEPESC, Loue vive, Saône-Doubs Vivants, FCNE, DNE, Fédération de pêche du Doubs