daniel bordur - journaliste

Jean-Pierre Coffe aime le comté

Le gastronome médiatique participait à un bar des sciences en plein air, jeudi 27 mai 2010 à Poligny, capitale du comté.


La bête de télé est bien là. Avec ses formules qui font mouche en peu de mots. Mais on sent bien que Jean-Pierre Coffe, devant les « vrais gens », n’est pas qu’une star des médias. Il y a un fil conducteur dans ses propos, une pensée, des convictions exprimées précisément. Les coups de griffes, comme les compliments sont argumentés. « Vous êtes une des rares AOC exigeantes », dit-il à Claude Vermot-Desroches, le président de la filière comté. « Dommage que toutes ne soient pas aussi rigoureuses. Quand je pense qu’il y a des fromages AOC avec des bêtes nourries à l’ensilage... »

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Jean-Pierre Coffe avec Claude Vermot-Desroches et Jean-Jacques Bret, président et directeur du CIGC.

Invité, hier, à Poligny, la capitale du comté, l’ancien animateur de « Ça se bouffe pas, ça se mange » sur France Inter, ne pouvait quand même pas être contrariant avec ses hôtes de l’école nationale d’industrie laitière. C’est là qu’enseigne le maire, Dominique Bonnet, qui a lancé la conférence-débat en plein air sur la place centrale en se déclarant « honoré de sa présence ».

Jean-Pierre Coffe y a été interpellé par un étudiant sur ses pubs pour Leader-Price. N’aliène-t-il pas sa liberté de parole ? Il a répondu « qu’il ne donnait sa caution qu’aux produits avec des contraintes de fabrication », rapporte Sébastien Roustel, le responsable recherche-développement de l’Enil.

« L’hygiénisme frénétique »

En soirée, devant plus de 150 personnes conquises, il a défendu quelques belles idées plus faciles à dire qu’à mettre en pratique. « Il faut cuisiner soi-même pour économiser, essayer de trouver des circuits courts, mais cela impose une réflexion. La mode dit que c’est compliqué, qu’on n’a pas le temps, mais il n’y a pas de secret : il faut varier la nourriture et la partager, ne pas manger autant de viande, savoir que vous n’aurez pas de bonnes tomates en novembre ou mars ». Bref, retrouver le sens des saisons.

Il a des convaincus comme partenaires de débat. Le pédiatre Alain Bosquet conjugue santé et plaisir avec quelques recettes simples : « Pour les enfants, 10 g de viande, poisson ou oeuf par kg de poids et par jour suffisent... Mieux vaut des graisses crues sur des légumes cuits. Il faut sortir de l’industrialisation qui conduit aux excès, et emmener vos enfants avec vous au marché... »

Didier Thévenin, directeur du restaurant municipal de Lons qui s’approvisionne localement pour protéger les captages d’eau, confirme : « Cet hiver, on n’a pas proposé de tomates et personne n’a protesté. A la rentrée, les gamins nous regardent bizarrement, à la fin de l’année, il n’y a jamais assez de courgettes ! »

Coffe pourfend « l’hygiénisme frénétique » qui a conduit à la fermeture d’artisans à coups de normes destinées à l’industrie : « Les charcutiers n’ont plus de labo ». Le pédiatre Alain Bocquet opine et suggère, pour les biberons des bébés : « Mieux vaut une petite bactérie de temps en temps à l’eau du robinet que de l’eau croupie des mois dans des bouteilles en plastique ».

Un étudiant demande si l’industrie agroalimentaire ne fait pas la loi pour « conserver son monopole ». Coffe est nuancé : « Vous n’avez pas tort, mais regardez l’industrie de la restauration qui a mis la main sur les lycées hôteliers... L’industrie fait du lobbying, auprès des politiques ou de la presse qui n’a plus les moyens de faire des enquêtes approfondies. Mais pour le vin, c’est le lobbying contre qui gagne pour l’instant... »

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.05.2010

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