daniel bordur - journaliste

Entremont-Sodiaal, ça va causer... du comté

Un accord de négociations exclusives a été signé le 30 septembre 2009 pour un mois, peut-être deux, entre les deux grands de l’agroalimentaire. La filière comté, via l’union de fruitières Juramont, Juragruyère (filiale d’Entremont) et Coop Invest, veut peser dans les discussions pour conserver son modèle économique, social et environnemental.


Premier vendeur de comté par le biais de sa filiale Juragruyère, le groupe Entremont a signé avec le groupe coopératif Sodiaal un accord de négociations exclusives en vue d’un rapprochement, mercredi en présence du ministre de l’Agriculture, Bruno Le Maire. D’une durée d’un mois, cet accord qui prévoit une nouvelle entité de forme coopérative, est reconductible un autre mois.

La nouvelle intéresse évidemment la filière comté, et avec elle les autres productions AOC. C’est d’ailleurs dans l’éventualité de nouvelles difficultés affectant un opérateur important de la filière comté, que les fédérations jurassienne et doubienne des coopératives laitières portent depuis plusieurs années le fonds d’investissement Coop Invest, destiné à peser sur les décisions stratégiques.

Cette éventualité est aujourd’hui réalité. Pour les 3 000 producteurs de lait à comté, les 170 fromageries et la vingtaine d’affineurs, l’enjeu est de taille. Pesant 20 % de la production laitière française, la future entité sera un géant dominé par l’industrie du lait standard fourni par l’élevage intensif de l’ouest du pays. Et fabriquant, notamment sous les marques Yoplait et Candia, des yoghourts et desserts lactés, briques de lait UHT, fromages passe-partout déconnectés des terroirs... Ce modèle économique n’a pas grand-chose de commun avec l’organisation de la filière comté où producteurs, fromagers et affineurs régionaux gardent une grande part de la valeur ajoutée.

« Attentif mais confiant »

Afin de tenter de conserver ce modèle, garant par ailleurs d’une agriculture extensive, les responsables agricoles du Doubs et du Jura vont devoir jouer finement. Au premier rang de leurs atouts, Juragruyère. Lié à une cinquantaine de fruitières à comté, il est bénéficiaire. « En volume, c’est peu, en résultat, cela a atténué les pertes d’Entremont », dit Daniel Prieur, président de la chambre d’agriculture du Doubs.

Petit actionnaire de Juragruyère, l’union de 17 coopératives Juramont pourrait essayer de porter sa participation à une hauteur située entre la minorité de blocage (33 %) et la prise de contrôle (51 %). Pour y parvenir, Coop Invest devra être mis à contribution. Pas simple quand on sait qu’une petite moitié des fruitières discutent encore de l’opportunité d’y adhérer.

Mais les représentants de la filière comté n’entendent pas en rester là. Ils négocient également un ou plusieurs sièges au conseil de surveillance ou au directoire du futur groupe. « Sodiaal n’a pas de savoir-faire dans les AOC », souligne Claude Vermot-Desroches, le président du CIGC, l’interprofession comté. « Attentif mais confiant », il sait, comme d’autres, que les producteurs de comté doivent à des grands groupes, notamment Entremont, l’augmentation des volumes vendus en France et à l’étranger. Reste, dit un président de coop qui a adhéré au fonds d’investissement, « il ne suffit pas d’être dans le tour de table pour que le projet soit bon. À chaque fois qu’une AOC passe dans les mains d’un industriel, privé ou coopératif, c’est la mort lente ».

En cas d’échec de la discussion Entremont-Sodiaal, le nº1 du lait en France, Lactalis, écarté par le pouvoir politique, reste aux aguets...

Daniel BORDUR (avec AFP) / L’Est Républicain - 02.10.2009


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