daniel bordur - journaliste

Daniel Gremillet : l’AOC n’est pas la seule planche de salut

En décembre 2001, le président du groupe coopératif L’Ermitage signait un contrat de filière avec Carrfour pour le mont d’or des Fourgs.


Transformant en 36.000 tonnes de fromage 348 millions de litres de lait, dont 40 millions en AOC, le groupe constitué autour de la coopérative de l’Ermitage est l’un des principaux opérateurs du Grand-Est. Avec 1601 producteurs, 933 salariés et onze sites dans le Doubs, la Haute-Marne et les Vosges, le groupe basé à Bulgnéville (Vosges) collecte autant de lait en Lorraine qu’en Franche-Comté, représentant 12,5% de la production des deux régions. Son président Daniel Gremillet, par ailleurs président de la chambre d’agriculture et de la FDSEA des Vosges, était ce mercredi aux Fourgs, dans le Doubs, à 1150 mètres d’altitude et deux pas de la Suisse. Pour signer un contrat de filière qualité pour son fromage de mont d’or avec le distributeur Carrefour.

- Qu’a appris L’Ermitage depuis son arrivée en Franche-Comté avec le rachat en 1992 de la fromagerie Jouffroy de Lavernay, puis d’un affineur de comté à Poligny en 1994, de Schneiter et l’UAC en 1996 ?

- Qu’il faut respecter la tradition et les richesses d’un territoire. Nous avons appris l’importance pour la Franche-Comté d’autres outils de transformation pour maintenir des producteurs. Si Schneiter avait disparu à Clerval, 60% de la production laitière (hors comté) de Franche-Comté aurait disparu. Avant notre venue, nous exportions 30% de notre chiffre d’affaires. Depuis, c’est 15%. Ça veut dire que la Franche-Comté n’exportait pas de fromage. En y étant, nous avons aussi appris à faire des choix d’investissements.

« Nous savons vendre en Europe »

- Vous êtes grand parmi les petits, et petit parmi les géants comme Besnier. Quelle est votre place parmi les opérateurs régionaux ?

- Dans le Grand Est, nous sommes quasiment les seuls à avoir gardé notre pouvoir de décision en Lorraine ou en Franche-Comté. Notre ambition est de fédérer les capacités de valorisation du lait dans l’Est de la France. Notre dimension colle également avec la dimension de l’Europe où nous savons vendre partout.

- Certains vous ont reproché de vous comporter en donneurs de leçon...

- On apprend en marchant. La confiance ne se décrète pas ! Il faut apprendre à travailler ensemble. Nous ne sommes pas venus en Franche-Comté pour faire seulement notre politique.

- La filière comté envisage de durcir le cahier des charges de l’AOC dans la perspective de la fin des quotas laitiers vers 2007. Qu’en pensez vous ?

- Je vois mal la fin des quotas. Si c’était le cas, nous assisterions à un déménagement de la production laitière avec fermetures d’entreprises et pertes d’emplois. Je ne peux pas imaginer que l’Europe soit aussi idiote que ça. La diversité fromagère en prendrait un sacré coup dans l’aile.

- Et durcir le cahier des charges de l’AOC comté ?

- Il est déjà dur aujourd’hui. Je fais confiance aux syndicats de produits. Il ne faut pas croire que le salut des producteurs viendra seulement des AOC. Les fromages sans AOC représentent les trois quarts de la production...

Recueilli par Daniel BORDUR /L’Est Républicain - 20.12.2001

Textes et images © Jurandoubs | mentions légales | Site réalisé avec SPIP par Lionel Volta.