Le Doubs n’est pas pour rien le premier département industriel de France. Encore aujourd’hui, il est en tête pour la part de l’emploi industriel dans la population active. Près de la moitié de la cinquantaine d’usines montrées dans le film « Lieux de Travail » y sont implantées. Un tiers sont dans les autres départements comtois, le reste en Suisse ou en Angleterre, en Italie ou en Allemagne, en Normandie, en Amérique, au Sri-Lanka...
Mais le propos du film ne se résume pas à cette énumération ou à une célébration régionaliste. S’appuyant sur des exemples, il consiste en un travail d’histoire, de la création de la Saline d’Arc-et-Senans aux bâtiments contemporains. Il met en parallèle techniques de construction, sources d’énergie, procédés de fabrication.
« Il y a eu les mêmes transitions partout », dit Georges Nivoix. La petite usine médiévale ou du XVIIIe utilisant la force hydraulique ressemble à une ferme. La machine à vapeur développe la production de masse et les fonderies du XIXe, Schneider au Creusot, la SCAM, future Alstom, à Belfort, permettent la construction de vastes structures métalliques « alors que les architectes de l’époque méprisent le métal ». Le béton armé vient ensuite. C’est le « shed », toiture en dents de scies où une lucarne est orientée au nord, qui permet l’entrée de la lumière, condition indispensable à l’étalement des ateliers jusque-là très étroits.
Généralement utilitariste, l’usine n’a recours à l’architecte que « pour se démarquer » ou dans une optique de « prestige », explique Georges Nivoix : « L’entrepreneur peut en avoir besoin pour l’image de l’usine ». C’est par exemple le cas de BMW qui a fait réaliser une nouvelle structure ultramoderne et lumineuse de bureaux en béton pour relier trois anciens ateliers, et par là même établir un pont architectural entre les époques.
Dans ce film, Claude-Nicolas Ledoux a évidemment un rôle pionnier. La Saline d’Arc-et-Senans ajoutant à son rôle productif, une indéniable dimension sociale que l’on retrouve dans d’autres réalisations, de la chocolaterie Meunier à DMC, à Belfort, Dodane ou la Rodia à Besançon, y compris dans les programmes de réhabilitation. Sous ce prisme, la négation de l’architecture des actuelles zones d’activités donne tout son sens à la direction de l’économie actuelle.
Destiné aux enseignants, aux collégiens et lycéens, ce film produit par le CRDP et scénarisé par Stan Neumann est financé par la Région, la DRAC et le ministère de l’Éducation nationale.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 30.11.2011