daniel bordur - journaliste

« Il n’arrive jamais rien aux harceleurs »

Les agents territoriaux CGT des lycées et collèges dénoncent la souffrance au travail.


Les hasards du calendrier sont parfois curieux. Jeudi, l’intersyndicale des agents territoriaux boycottait le comité technique paritaire et interpellait publiquement la présidente du Conseil régional Marie-Guite Dufay. Vendredi, la CGT des territoriaux, tenait une réunion sur la souffrance au travail, programmée de longue date au collège Lumière de Besançon.

Une bonne vingtaine de techniciens, ouvriers et agents de service (TOS) des lycées et collèges ont échangé toute la journée sur un quotidien professionnel qui pèse à beaucoup. « Surcharge de travail, hiérarchie agressive, non reconnaissance des droits tels que les pauses ou les heures d’information syndicale, non respect des fiches de poste, harcèlement, injures sexistes... », énumère Christian Gauffer, psychologue du travail, membre d’un collectif national sur la santé au travail.

Décentralisation inachevée

Pour Annie Bouvier, secrétaire du syndicat CGT du conseil général du Doubs, outre la RGPP (un départ sur deux non remplacé), une des causes de ces situations réside dans la « double hiérarchie » pesant sur les TOS. Fonctionnaires d’État, les proviseurs, principaux et gestionnaires exercent une autorité sur les fonctionnaires territoriaux que sont devenus, à partir du 1er janvier 2005, les agents de service. Ils dépendent de la région dans les lycées, des départements dans les collèges.

« Quand la région décide quelque chose, le proviseur ou le gestionnaire dit parfois que la région n’est pas son patron », dit Catherine Salvadori, secrétaire régionale du syndicat. Certains y voient la conséquence d’une décentralisation inachevée.

L’ouvrier a toujours tort

Les méthodes de management héritées de l’Éducation nationale sont également sur la sellette. « Il y a eu des tentatives de suicide, des dépressions malgré des signalements à la collectivité territoriale. Quand il y a violence, l’Éducation nationale couvre systématiquement la hiérarchie et donne tort à l’ouvrier. Quand il y a changement d’établissement suite à un conflit, on casse les gens auprès du nouveau », dit Christian Gauffer.

« Il n’arrive jamais rien aux harceleurs », dénonce Catherine Salvadori. « Des privilèges ont été gardés par des chefs d’établissement », ajoute Annie Bouvier en citant « un lycée où quinze appartements de fonction ont une cage d’escalier privative qu’un agent a l’obligation de nettoyer, ce qui fait 5 heures par semaine ».

Instances paritaires squizzées

La CGT cite aussi des institutions représentatives du personnel squizzées : « A la région, on a un problème de dialogue avec le vice-président Patrick Bontemps. Les rapports sont meilleurs au conseil général du Doubs, mais 28% des postes d’agents restent à adapter dans les collèges, et on n’est pas toujours informé des fusions de collèges : la dernière n’a pas été inscrite à l’ordre du jour du comité technique paritaire ».

Le PS, qui préside les quatre départements et la région en Franche-Comté, aurait tort de croire acquis le vote de ses nouveaux salariés. En attendant une aléatoire clarification législative, Christian Gauffer suggère de prendre exemple sur la « charte des ATSEM (assistantes des écoles maternelles) de la Communauté urbaine de Strasbourg ». Il s’agit d’un accord entre l’État et la collectivité, validé par les syndicats...

Daniel BORDUR - L’Est Réoublicain - 29 10 2011

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