daniel bordur - journaliste

Enseigner l’histoire mission impossible ?

Des professeurs de première S trouvent le nouveau programme trop lourd.


Besançon. « Les programmes changent à peu près tous les quatre ans, on est habitué. Mais là, c’est infaisable, on manque de temps. Il faudrait tout survoler car il y a trop de choses importantes pour comprendre le monde d’aujourd’hui, et parce qu’on a déstructuré la chronologie ». Prof d’histoire au lycée Louis-Pergaud de Besançon, Bénédicte Ponçot est l’une des animatrices d’un « collectif des enseignants pour la défense de l’histoire-géographie » qui vient de se constituer dans quatre lycées : Condorcet à Belfort, Salins, Jules-Haag et Pergaud à Besançon.

Ce collectif, réunissant syndicalistes et non syndiqués, envoie ce mardi une pétition dans la cinquantaine de lycées de l’académie pour appuyer sa demande d’une rencontre, après la Toussaint, avec les inspecteurs pédagogiques régionaux de la discipline. Son objectif est d’obtenir des aménagements pour que certaines questions au programme de première soient écartées des sujets du bac S. Avec la suppression de l’histoire en terminale S, l’épreuve a lieu en fin de première dans cette série.

Le nouveau programme, dénoncé avant son adoption, par les profs de lycée comme par des universitaires, comporte un changement de taille avec l’introduction de grands thèmes. « Guerres mondiales et espoirs de paix » traite des génocides mais pas des causes de la montée du nazisme que l’on retrouve dans « Régimes totalitaires ». La Résistance n’est pas traitée avec la seconde guerre mondiale, mais avec les lois laïques de la fin du XIXe siècle dans le thème consacré à « la République ».

La fronde des profs d’histoire-géo est pédagogique : « L’histoire thématique ne nous choque pas en tant qu’historiens, mais en tant qu’enseignants », argumente Bénédicte Ponçot. « On devra faire des va et vient sans arrêt entre le XIXe et aujourd’hui. On pourrait le faire en licence, mais c’est inadapté à la classe de première, surtout à 35 élèves... A cet âge, ce n’est pas tant la chronologie qui est dure à faire passer, mais la causalité des événements ».

Que faire alors, puisqu’on ne peut pas jeter le programme à la rivière ? « On peut enlever du bac certains exemples sur des questions. Sur la guerre froide, le programme cite trois crises : Cuba, Berlin et le Vietnam, on pourrait n’en prendre qu’une... Ou retirer un thème... » Mais pas celui relatif à la colonisation et à la décolonisation, l’un des rares thèmes qui lui parait cohérent dans le programme.

L’académie compte plus de 500 profs d’histoire-géographie dont environ la moitié en lycée. Pour l’instant limitée à la Franche-Comté, l’initiative pourrait faire tâche d’huile.

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 04.10.2011


Sur le même sujet : Histoire : vers un allègement du programme du bas S ? (11 janvier 2012

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