Plus de 500 manifestants ont fait un « boucan d’enfer » mercredi 6 avril contre la carte scolaire jusque sous les fenêtres du recteur de l’académie de Besançon.
L’usage d’un aérosol lacrymogène et de coups de matraques sur les jambes de plusieurs manifestants n’est survenu qu’à 11 h 30 (lire plus bas). Tout avait commencé une heure et demi plus tôt place de la Révolution. Venus de Pontarlier et École-Valentin, de Planoise et de Lantenne-Vertière et Lavernay, du RPI Deluz-Laissey et de Montrapon, près des parents d’élèves et des enseignants étaient là pour dire, bruyamment et joyeusement, leur refus d’une carte scolaire qui supprime des postes, ferme des classes, fait reculer l’aide aux élèves en difficulté. Au nombre de près de 300, ils étaient accompagnés d’environ 150 lycéens et adolescents, notamment de Jules-Haag, et d’une centaine d’enfants d’âge primaire, voire plus jeunes au vu des poussettes.
Pas de slogans, mais un concert de casseroles, de sifflets et de percussions. Pas de banderoles syndicales, tout juste des sigles apposés sur quelques-uns des nombreux calicots rivalisant de formules choisies avec soin. Une jeune « grand-mère en colère » a cassé sa cuiller en plastique à force de taper sur un couvercle. Une femme brandit un carton noir avec une citation d’Émile Zola : « Les gouvernements suspectent la littérature parce qu’elle est une force qui leur échappe ». Un homme très bien habillé tape sur une casserole bleue dont l’émail est parti à force de coups. Plus loin, une banderole affirme « Postes supprimés = élèves sacrifiés ».
En tête, un drap plein de lettres colorées scande « des moyens pour nos bambins, des enseignants pour nos enfants ». Deux mômes sont affublés d’une menace de punition : « Si tu continues à toucher à mon école, le président à la casserole ».
Devant l’agence de la Société générale, Grande Rue, le cortège fait une halte, le temps de scander « De l’argent pour l’école, pas pour les banquiers ». Il repart vers le rectorat où le concert redouble. On frôle la transe. Un clochard habituellement bougon, se mêle à la foule et se met à danser en brandissant sa cane décorée. Après l’incident, les manifestants scandent encore « On ne lâche rien... »
Hier en fin d’après-midi, le collectif de parents et d’enseignants devait se réunir à École-Valentin. Aujourd’hui, il organise un barbecue devant l’Inspection académique à l’heure du comité technique paritaire. Et mardi soir, une nouvelle manifestation est annoncée avant une fête des écoles place de la Révolution.
Manifestement, le mouvement n’attend plus grand-chose des autorités académiques, ni du conseil départemental de l’Éducation nationale prévu en mai. Son seul interlocuteur est le ministère : s’il ne semble pas entendre les revendications, sentira-t-il l’odeur des grillades ?
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.04.2011
Le rassemblement était bon enfant devant le rectorat d’académie. Depuis une demi-heure, plus de 500 personnes, dont 100 enfants et 120 adolescents, faisaient un « boucan d’enfer » pour protester contre la carte scolaire dans le Doubs.
11 h 25. Afin de laisser passer un bus, les manifestants s’écartent en se rangeant sur les trottoirs. Côté rectorat, ils sont collés aux six policiers de faction devant le lourd portail de bois. Cette promiscuité temporaire ne semble gêner personne.
11 h 26. Le bus passe au pas devant le portail. La foule se serre davantage, augmentant la pression sur les manifestants au contact avec les policiers.
11 h 29. Le bus est passé depuis deux minutes, la pression se fait moins forte. Parmi les manifestants, des responsables syndicaux.
11 h 30. Accompagné de plusieurs policiers, jusque-là en soutien à une centaine de mètres, près du local de l’UMP, le commandant Mairet, équipé comme un commando, fonce dans le tas. Plusieurs manifestants sont sortis sans ménagement du parvis. Une enseignante d’un certain âge se plaint de coups de matraque aux jambes.
11 h 32. Une dizaine de militants autonomes, jusque-là en arrière, s’approchent, presque au contact des policiers dont ils sont séparés par les syndicalistes, et crient leur colère, tout comme la foule.
11 h 33. Guy Pourchet (délégué SNUipp-FSU), dos aux policiers, tente de calmer la foule.
11 h 35. Un policier fait usage de sa bombe lacrymogène. Les manifestants reculent, toussent, se protègent le nez et la bouche.
11 h 36. Les autonomes tentent de revenir au contact pour protester. De nombreux manifestants sont en colère : « On nous traite comme des délinquants. Et il y a des enfants. »
12 h 07. Départ des manifestants.
Selon la préfecture, « certains manifestants virulents ont refusé de reculer et comprimé le cordon de policiers » en en « blessant légèrement quatre », l’un étant « contraint de faire usage de son aérosol à deux reprises pour se dégager et assurer sa propre défense ». Selon le rectorat, « aucun dommage ni aucune blessure n’ont été signalés ».
Le PS, Europe-Ecologie, le Sgen-CFDT et le SNUipp-FSU ont protesté contre l’usage « des gaz et de la force ». Le SNUipp demande des excuses pour ces actes « inqualifiables, pitoyables » et « injustifiables ». Le Sgen estime le comité technique paritaire d’aujourd’hui « intenable dans cette tension ».