daniel bordur - journaliste

Défense des desserts en toques


Après un premier défilé en ville mardi, des élèves et des professeurs du lycée professionnel Condé, en grève et parfois coiffés de leur toque, ont manifesté hier de leur établissement au rectorat. Munis de casseroles, gamelles et bidons sur lesquels ils tapaient avec des cuillers en bois, ils ont joyeusement scandé des slogans hostiles à la fermeture de la mention complémentaire « dessert de restaurant ». Ils se sont ensuite séparés en deux groupes d’une soixantaine de personnes massées devant les deux entrées de l’institution. Il s’y tenait le comité technique paritaire académique qui devait, justement, examiner les projets de dotations horaires pour l’ensemble des lycées franc-comtois.

Créateur de cette mention complémentaire (une année de spécialisation après un CAP, un BEP ou un bac pro cuisine), aujourd’hui retraité, Joël Dunand est amer. « Le recteur nous félicite en juin et supprime la mention en janvier ! Cette mention a été créée il y a onze ans en compensation de la suppression d’un CAP en trois ans... Elle marchait vraiment bien, remplissait ses effectifs, donnait des débouchés dans des grandes maisons. C’est un vrai plus pour la formation, un employeur qui a des candidats en cuisine préfère celui qui a la mention... »

« Garder le niveau »

En terminale pro, Benjamin ne dit pas autre chose : « Un patron m’a dit qu’il m’embauchera si je passe la mention... » Que fera-t-il l’an prochain si elle ferme à Condé ? « Il n’y a plus que le CAP pâtisserie à Pontarlier ou une mention complémentaire à Poligny où il n’y a que six places pour l’académie... » Benjamin s’insurge : « La gastronomie française est désormais au patrimoine de l’Unesco. Il faut garder le niveau ! »

Dans un communiqué, Jean-Louis Fousseret souligne la « pertinence économique » et l’« excellence » de la mention complémentaire. Il ajoute qu’il n’est « pas possible que notre jeunesse, déjà très inquiète pour son avenir, reçoive des messages à ce point négatifs de la part des autorités de l’Éducation nationale ». Il craint notamment la « démobilisation des jeunes qui veulent accéder à une qualification opérationnelle ». La présidente de région, Marie-Guite Dufay, considère que « le cas du lycée Condé est un exemple symbolique ».

Interrogé, le recteur Éric Martin évoque la piste d’une « mention complémentaire à travailler avec la profession, peut-être par d’autres voies ». Il signale que la région ayant « douze formations en pâtisserie à des niveaux différents ». Il veut « rassurer » le maire : « la restauration n’est pas un secteur où il y a des difficultés d’emploi ».

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 28.01.2011

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