Besançon. Si l’on ne désire que ce dont on manque, les profs de philo n’ont pas de soucis à se faire ! Ils sont en effet ardemment désirés par le rectorat, qui craint d’en manquer pour le bac. C’est ce qu’indique un courrier électronique de l’inspecteur pédagogique régional de philosophie, Antoine Leandri, adressé le 26 mai aux enseignants de sa discipline : « Nous avons quelques difficultés, cette année, à remplacer les professeurs qui seront absents au moment de la correction du baccalauréat. Pour ne pas alourdir la charge des correcteurs déjà désignés (par la redistribution des copies des absents...), connaîtriez-vous des collègues volontaires pour participer à la correction des copies de cette session (vacataires ou contractuels ayant une expérience de l’enseignement et de la correction, retraités, etc.) ? »
Ainsi donc, à trois semaines de l’épreuve emblématique du premier examen universitaire français, on réalisait qu’il n’y a plus assez de profs. Cela n’étonne pas Cyrille Lassale, prof de maths et secrétaire académique du Snes-FSU : « C’était prévisible. Cela fait trois ans qu’on recrute 6 000 à 8 000 profs par an alors que 16 000 partent à la retraite. Le service statistique et prospective du ministère évalue les besoins de recrutement à un peu moins de 20 000 par an. Et là, on ne parle pas des moyens, mais des gens. »
Au rectorat, la responsable du service des examens, Marie-Odile Mourel, explique la difficulté par la « reconquête du mois de juin ». Cette décision ministérielle de 2009 consiste à faire cours le plus longtemps possible. Ce qui a « contracté le calendrier » et repoussé les épreuves, de cinq jours en moyenne pour la philo. Conséquence : beaucoup de copies à corriger en très peu de temps. « Quand nous avions été reçus au rectorat en février, on nous avait annoncé environ 90 copies par professeur », dit Guy Jacquemot, vice-président régional de l’association des profs de philo.
Ils ont en fait jusqu’à 117 copies, les récupèrent le 17, se voient le 20 avec les corps d’inspection pour une « réunion d’entente » permettant par exemple de « tenir compte d’un gros contresens », explique M. Jacquemot. Ils se revoient le 27 pour une « harmonisation » avant de rendre les notes le 29. Soit dix jours de correction et un d’ajustement, sans jour de repos. « C’est vrai que c’est lourd, et comme on est le plus petit corps de profs, quand il y a des absents, cela pose problème », dit Laurent Letable, du bureau de l’association, qui aurait souhaité que l’épreuve se tienne le 9 juin.
Alors, effet boomerang d’un acte manqué ? Pour l’heure, l’appel de l’inspecteur régional de philo n’a pas encore eu d’écho, mais au rectorat, on compte sur des universitaires. Et l’on croise les doigts à défaut de croiser le hasard et la nécessité !
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 07.06.2011