Kéolis, qui gérait le réseau de transport public de Besançon depuis des lustres, cédera la place lors du conseil de la communauté d’agglomération d’octobre.
Ils étaient trois candidats, il n’en reste qu’un, mais la messe est dite. Kéolis, l’actuel délégataire du service public de transport urbain, Véolia et Transdev avaient déposé des offres pour gérer pendant sept ans, à partir du 1er janvier 2011, le réseau Ginko et les débuts du tram.
Après plusieurs mois de procédure, assisté du cabinet spécialisé Jonction et du service transports de la CAGB, Jean-Louis Fousseret a choisi Transdev, « en lien avec le premier vice-président et les vice-présidents en charge des transports ». Il reste, avant le vote du conseil communautaire de fin octobre, qui paraît acquis, à « poursuivre le dialogue avec Transdev afin de finaliser le contrat ».
Qu’est-ce que l’offre de Transdev avait de plus que les autres ? « Je ne peux pas rentrer dans le détail », dit Jean-Claude Roy, l’élu qui pilote le dossier. Les prévisions de recettes et d’augmentation du trafic généré par le tram sont-elles supérieures ? « Je ne peux pas vous répondre car le choix n’est pas fait et ce serait dévoiler les autres », ajoute l’élu.
Pour sa part, l’opérateur historique Kéolis a établi son offre sur une hausse du trafic de 36 % en 2016. « C’est beaucoup car Besançon part déjà d’une fréquentation double de la moyenne nationale, nous pensons que ce n’est pas réaliste d’aller au-delà de ce que nous avons proposé », dit l’actuel directeur, Pierrick Poirier. Transdev a-t-il été plus optimiste ? « Je ne connais pas leur offre, mais je pense qu’ils sont allés au-delà... »
De leur côté, les salariés s’interrogent sur le mode « on sait ce qu’on perd, on ne sait pas ce qu’on trouve... ». Michel Tournier (CGT) est « le premier surpris, je pensais que Kéolis l’emporterait ». André Paillot (UNSA, majoritaire) est inquiet : « Partout où il y a un changement, ça risque de bouger pour les acquis ». Le cahier des charges ne prévoit-il pas la reprise des salariés aux mêmes conditions ? « Pendant quinze mois, mais après ils peuvent remettre en cause les accords, ils le font tous ».
Sollicitée, la direction de Transdev n’avait pas répondu à l’heure du bouclage.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 09.09.2010
Les trois candidats à l’exploitation de Ginko ont constitué un cartel il y a 14 ans. La Cour d’appel de Paris le dit dans un arrêt du 15 juin dernier les condamnant pour s’être entendu de 1996 à 1998 : 5MEUR d’amende pour Véolia, 4 pour Kéolis, 3 pour Transdev. Ils s’étaient partagé les marchés des transports publics de 27 collectivités. Kéolis et Transdev avaient notamment conclu en 96 et 97 un pacte de non-agression dans le Jura, le Doubs et l’Ain...
« Cette période est révolue », dit Jean-Claude Roy qui reprend la position du GART (groupement des autorités responsables des transports). « La confiance des élus est trahie, il y a eu augmentation des coûts pour les collectivités et affaiblissement du service public », avait tonné l’AGIR (transports publics indépendants) dont fait partie Belfort, passée en régie municipale.
Gérant 40 % des villes françaises, Véolia et Transdev ont fusionné en mai dernier, visant une introduction en bourse en 2011 et la conquête du marché mondial, notamment Chine et Moyen-Orient. Au passage, la RATP s’est séparée de sa participation de 25,6 % dans Transdev (340 MEUR) et la CDC a mis 200 MEUR pour être à parité avec Véolia.
La nouvelle entité est le premier opérateur européen du transport public, mais Kéolis (filiale de la SNCF), qui s’était porté candidat pour reprendre Transdev, a porté plainte auprès de la Commission européenne pour aide d’État illégale, la Caisse des dépôts étant l’actionnaire de référence de Transdev...
D.B. / L’Est Républicain - 09.09.2010