L’économiste Pierre Concialdi (IRES) estime qu’il y a "les moyens de financer les retraites des vingt à trente prochaines années".
Économiste à l’IRES (Institut de recherches économiques et sociales), Pierre Concialdi intervient plusieurs fois par semaine dans des réunions dans le pays. Il entend donner des arguments aux opposants à la réforme du gouvernement.
Dans Alternatives économiques de mai, vous titrez « Retraite à 60 ans : sortir de l’idéologie ». Pourquoi ce mot ?
Six personnes sur dix ne sont plus dans l’emploi au moment de prendre leur retraite. Le recul de l’âge légal ne leur donnera pas davantage de travail. La retraite est une forme de la réduction de la durée du travail : il y a une contradiction à dire qu’on va sauver les retraites en disant aux gens qu’ils vont travailler plus. On entend souvent dire que la RTT serait une idéologie. Mais le chômage et le sous-emploi sont aussi des formes de RTT inégalitaires, violentes, concentrées sur une population. La vraie question, c’est réduire de manière organisée, collective, la durée du travail, liée aux gains de productivité depuis deux siècles.
Le gouvernement a-t-il mis de l’eau dans son vin en annonçant taxer le capital ?
C’est un effet d’annonce. Dans son document, il est dit que le prélèvement sur le capital ne sera une ressource que pour le fonds de solidarité vieillesse, qui ne représente que 8 % du total du système de retraite. Mais on avait diminué les ressources de ce fonds de 1,3 à 0,8 % de la CSG. Instauré en 1993 par la réforme Balladur, il finance les droits non contributifs : majoration de durée pour éducation des enfants ou validation de période de chômage. Ce n’est pas ainsi qu’on va régler le financement des retraites. 500 millions à 1 milliard, ce n’est pas assez, juste pour donner un gage...
La bataille de la conviction vous semble-t-elle difficile ?
Il y a un large rejet de l’allongement des cotisations et du recul du départ dans l’opinion publique. Beaucoup se demandent à quoi bon manifester puisque le gouvernement fera ce qu’il a décidé. Le gouvernement prétend ne pas savoir ce qu’il va faire. Un vrai débat serait qu’il affiche ses propositions, afin que les autres puissent faire valoir les leurs.
Pourquoi vouloir, ce sont vos mots, en finir avec le catastrophisme ?
Quand on regarde les scénarios du conseil d’orientation des retraites, il n’y a rien de dramatique pour les salariés. Dans les quarante prochaines années, il y aura stabilité de l’emploi et deux fois plus pour les salaires, compte tenu des gains de productivité. Cela peut paraître surréaliste, mais personne ne propose de baisser encore la part des salaires. dans la richesse produite. Il y a les moyens de financer les retraites des vingt à trente prochaines années : pourquoi le gouvernement n’affiche-t-il pas cette bonne nouvelle ?
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 08.06.2010