A Éternoz, dans le Doubs, les salariés de la Sermed, dont la plupart ont reçu samedi 24 septemnre 2009 leurs lettres de licenciement, entendent bloquer un éventuel déménagement de l’usine pour obtenir 11.000 euros d’indemnités.
Le désarroi se lit sur les visages des 28 salariés de la Sermed, la dernière usine d’Éternoz, petit village de 300 habitants, à 35 km de Besançon. Vendredi, ils ont passé leur dernière journée ensemble. Samedi, les 19 travaillant à l’atelier ont reçu leur lettre de licenciement. Les salariés à domicile, qui n’ont pas adhéré à la convention de reclassement, la recevront plus tard. Le gérant, Jean-Marie Blondeau, a « imaginé longtemps ne pas avoir à le faire », puis l’a « fait pour que la procédure se passe dans de bonnes conditions ». Son propre licenciement est « différé d’un mois », le temps des formalités de cessation d’activité : « Inventaire de tout ce qui est à risque, documents pour les Assedic... »
Devant l’usine, à l’écart du village, en lisière de forêt, deux banderoles disent la colère. « Au nom des profits, des Américains sacrifient Sermed ». La place d’Amancey en est également ornée. Récent et propre, l’atelier s’est arrêté mais sent encore l’huile et le métal, le travail. Les ouvriers ont acté la fin de l’entreprise, mais ils ne se contentent pas des maigres indemnités légales. Ils voulaient en plus un an de salaire brut, ils ont rabaissé leurs prétentions à dix mois de salaire net, 11.000 euros par personne. « On n’a pas d’interlocuteur, alors on garde l’usine, on a fait un planning d’occupation pour quinze jours », dit Martine Jeandenand.
Les Sermed espèrent ainsi faire pression sur Kinetek, le groupe américain qui a décidé la fermeture, préférant fabriquer en Chine les nouveaux moteurs électriques à courant alternatif plutôt que diversifier Éternoz, spécialisé dans le moteur à courant continu. L’enjeu, c’est d’empêcher le déménagement des machines estimées entre 250 et 300.000 euros, et pour 150.000 euros de pièces usinées. « Jusque-là, notre mouvement était raisonné et raisonnable, pacifique, on veut sauver l’outil de travail parce qu’il y a des possibilités pour le site... C’est un grand désespoir de ne pas voir d’élus locaux... », dit Martine Jeandenand. Une manifestation à Besançon n’est pas exclue.
Dans son bureau, le gérant compatit mais a un discours un peu différent : « Kinetek voulait fermer proprement, payer les indemnités légales, n’avoir aucune dette sociale ou fiscale. Il ne pouvait pas y avoir de transaction avant les licenciements ». Jean-Marie Blondeau pense que l’occupation « va certainement amener une transaction » entre salariés et actionnaire. Pour l’heure, Neuvessel, un client de Sermed, a fait à Kinetec une offre de reprise partielle avec 12 salariés « car le moteur à courant continu reste un marché ».
On ne connaît pas le montant de l’offre, mais on sait le déséquilibre des forces en présence : le chiffre d’affaires de la Sermed est tombé de 5 M € en 2005 à 3,5 M € en 2007, cent fois moins que celui de Kinetek (400 M$ en 2006).
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 29.09.2009