La CGT a réuni près de 400 délégués francs-comtois à Tavaux, pour débattre des positions qu’elle portera aux États généraux de l’industrie, en novembre 2009.
« Pour le patronat, nous sommes des choses, des pieds et des mains pour travailler. » Déléguée CGT dans la sous-traitance de l’industrie haut-jurassienne de la lunette, Maria Alvès, contente de s’adresser à son « idole », Bernard Thibault, demande « quand la CGT va dire non aux licenciements, sinon on va devenir les prochains Mollex ! » Un syndiqué de l’INRA lui succède au micro : « Les patrons qui ne respectent pas les accords salariaux sont des patrons voyous qui ne devraient pas avoir droit aux aides publiques. » Délégué dans la recherche, Francis Belin dénonce : « Alcatel a filialisé ses labos pour avoir plus de crédit impôt recherche ! » Il fustige le management : « La recherche est un travail collectif. Or, on demande aux chercheurs de travailler dans le secret pour récompenser les meilleurs. Il y a un problème de transparence dans les pôles, on n’a rien vu des projets sur le site... » Guillaume Martin, du cabinet d’audit Méric, souligne « l’absence de liens entre financements publics et localisation des productions ».
La défiance est de mise chez les délégués « de base ». Avant que vienne leur tour de parole, près de 400 venus d’une centaine d’entreprises régionales ont écouté attentivement un débat intitulé « De quelle stratégie de développement industriel et d’emploi avons-nous besoin en Franche-Comté ? ». Ils se sentent à l’aise dans la salle du centre socioculturel du comité d’entreprise de Solvay, à Tavaux. Cette réalisation des années 1980 au service de la culture ouvrière est un lieu rare en Franche-Comté. Il accueille une douzaine de spectacles par an, gère une bibliothèque, des activités pour enfants, des salles de sport... Comme la CGT s’est ouverte, des militants FSU, CFDT et CGC ont répondu à l’invitation, mais ne sont pas à la tribune où Jacques Bauquier, secrétaire régional de la CGT, plante le décor : « La Franche-Comté est la région où le chômage a le plus progressé en un an. L’emploi industriel a reculé de 120 000 postes en décembre 2000, à 91 579 en août 2009. »
Les représentants de l’État, du conseil régional et du Pôle de compétitivité véhicule du futur n’ont pas la partie facile. Ancien leader de la CGT-Peugeot, Denis Sommer, vice-président PS de la Région, défend la « coproduction » du protocole Etat-Région-Syndicats-Patronat sur la formation pendant le chômage partiel : « On a empêché 12 000 licenciements », credo repris par Bernard Bailbé, le directeur régional du travail. L’élu veut ouvrir le dispositif à l’intérim, instaurer du dialogue social dans les pôles, il met l’accent sur le besoin de « développer la recherche publique ». Il est sûr que « beaucoup de produits de niches, du pôle, seront fabriqués ici ». Le fonctionnaire donne un exemple sur la nécessité de « diversifier : les microtechniques d’aujourd’hui seront demain sur le médical ».
Arnold Tramaille, président du Pôle de compétitivité véhicule du futur, entend surtout « stimuler les transferts université-entreprise ». Il est un peu chahuté quand il ajoute que « le pôle va bien, y compris sur les questions sociales ». À six semaines du congrès de Nantes, Bernard Thibault confiera plus tard « viser plus haut que les pôles » en participant aux États généraux de l’industrie décidés par l’Élysée sur une « bonne idée de la CGT ». Pas naïf au point de croire que c’est un « gage de réussite », il incite ses auditeurs à ne pas perdre de vue le contexte global : « Deux G20, Londres et Pittsburg, ont annoncé qu’on passait dans une nouvelle économie ! On constate qu’on n’est pas sorti de la rentabilité à 10, 12 ou 15 pour cent... S’il y a un flou sur les analyses des causes de la crise, on ne s’accordera pas sur les remèdes. »
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 30.10.2009