daniel bordur - journaliste

Un quatrième hiver hors normes !

A Belleherbe (Doubs), le GAEC du Bermont est en procédure judiciaire avec le constructeur d’un bâtiment inachevé. Le chantier est en plan depuis 3 ans.


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Xavier et Paul Joly, devant le bâtiment inachevé.

AU PRINTEMPS 2008, les frères Xavier et Jean-Marc Joly signent un bon de commande à 395.000 euros pour un nouveau bâtiment d’élevage. Sociétaires du GAEC du Bermont, à Belleherbe, ils pensent se mettre aux normes et améliorer leurs conditions de travail en passant du système paille-fumier au lisier. Jean-Marc suit les cultures, un peu plus bas, à Vyt-lès-Belvoir. Xavier s’occupe des quelque 160 bêtes dont 90 laitières. Il espère « davantage se consacrer aux soins des bêtes, à la génétique, au développement de l’activité », explique leur frère Paul, conciliateur du GAEC, qui tient deux boulangeries, à Belleherbe et Goumois.

Mais rien ne se passe comme prévu. Les travaux commencent, selon eux, en retard de trois semaines. Ils constatent des malfaçons : poutres en béton pas droites, cotes non respectées rendant dangereuse la pose de caillebotis pour cause de portée insuffisante, pièces métalliques risquant la rouille car affleurant au lieu d’être noyées dans le béton...

Un solide groupe autrichien

Le bâtiment devait être livré en octobre 2008 par la société Système Wolf de Leutenheim, près de Strasbourg, filiale d’un groupe autrichien de 2.500 salariés dans quinze pays, 420 millions de chiffre d’affaires en 2008. Le chantier est resté en plan et une procédure judiciaire a succédé à une négociation amiable ayant échoué.

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Les veaux sont dans une bétaillère bien fraiche, les génisses dans une étable reconstruite avec les éléments de l’ancienne démolie pour laisser la place au nouveau bâtiment...

Depuis, les conditions de travail ont reculé de plusieurs décennies. L’étable construite il y a une quarantaine d’années avait été démontée pour laisser la place au nouveau bâtiment. Une partie du matériel a été récupérée pour bricoler un local pour 25 génisses, 40 autres étant abritées dans la vieille écurie de la maison. La nurserie pour veaux est une froide bétaillère métallique. Les vaches ont pris place dans le hangar ouvert à tous les vents, qui servait à stocker le fourrage et les machines. Un salarié à mi-temps a été embauché pour la traite alors que le robot, acheté pour gagner du temps, est entreposé chez un voisin. « Et en plus, on est sans fosse à lisier, ça va vers la source de Froidefontaine », dit amèrement Paul.

Pertes dans le troupeau

À pied d’oeuvre de 6 h à 22 h, Xavier n’a plus le temps d’aller aux réunions professionnelles : Cuma, syndicat, vétérinaire, formation... « Je fais bien trois heures de plus chaque jour. Le matin, je commence par enlever la neige des auges. Avant, les vaches avaient de la place pour manger, maintenant, elles doivent venir à tour de rôle, il faut que j’en remette... Elles sont dans de moins bonnes conditions sanitaires car elles ont moins de confort. On n’a plus de grosses vaches. Quand il y a de l’humidité, du vent, on a des pertes... »

C’est tout juste s’il admet en « avoir marre », avant d’ajouter : « On n’a pas le choix... » Paul, qui assure « ne pas pleurer la misère » aurait aussi bien aimé « une visite ou un coup de fil » des responsables ou agricoles sollicités. Il a apprécié celui du médecin de la MSA qui alerte régulièrement sur les risques du stress...

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 30.12.2011


Prochaine audience le 10 mai 2012

Jean-Hubert Goergler, directeur de Syatème-Wolf Leutenheim, près de Strasbourg, ne veut faire "aucune commentaire tant que la procédure est en cours... Pourtant j’en aurais à dire... On a essayé de régler ça à l’amiable, on n’a pas pu et ces messieurs font du tapage médiatique... C’est la première fois que je vois un tribunal qui ne suit pas un expert. Lors du premier jugement, l’expert avait dit qu’il y avait pour 13000 euros de malfaçons... ça fait trois ans que ça dure, ils vont arriver à des immatériels". Que pense-t-il du retard de trois semaines évoqué par les frères Joly ? "On va finir à cinq ans... On a l’impression qu’ils souhaitent que ça dure longtemps..."

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Pas bien droite, la poutre en béton !

Un jugement en référé du TGI de Besançon du 22 septembre 2009 nommais un expert, Gilles Benais, dont le rapport du 19 avril 2010 évoquait "une erreur d’alignement sur un voile, des ferrailles apparentes, une travée de 2,10 m au lieu de 2,30 m, un décalage des fers d’ancrage en attente des poteaux, une largeur insuffisante du repos des caillebotis, des appuis prédalles insuffisants". Il chiffrait la reprise des malfaçons à 13873 euros et concluait que les travaux pouvaient continuer.

Ce n’était pas l’avis des frères Joly qui ont missionné le cabinet CETEC pour qui "l’ouvrage ne respecte pas les plans d’exécution" et souligne "le non respect de certains aspects liés à la sécurité des personnes et des bestiaux".

Le 29 novembre 2011, le TGI a nommé deux nouveaux experts. Jean-Claude Buchin, ingénieur conseil à Besançon, pour les éléments techniques, devra "dire si les travaux effectués sont conformes aux règles de l’art et aux normes règlementaires". L’expert comptable Jean-Pascal Fichère, de Dole, "devra évaluer le préjudice économique et les pertes d’exploitation".

Prochaine audience le 10 mai 2012.

D.B. / ER 30.12.2011

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