daniel bordur - journaliste

Un millier de paysans en colère à Besançon

Plusieurs cortèges réunissant 400 à 450 tracteurs ont convergé vendredi 16 octobre 2009 sur la capitale comtoise. La tension est montée au fil des discours et des échauffourées se sont produites en fin d’après-midi. Il n’y a pas eu d’incident grave.


Les premiers sont arrivés en voitures du canton de Vercel peu après 10 h. Ils ont installé quelques bancs sur la place de la Préfecture et pris le soleil en devisant... « Il n’y a que les quotas pour avoir des prix rémunérateurs », dit Pierre, de Vernierfontaine.

Midi à Chamars, à 200 m. Quelques tracteurs sont là, mais le gros des cortèges est encore sur les boulevards. « Distribution de casquettes ! », lance un dirigeant FDSEA en plongeant la main dans un carton. Pas de chance, elles sont « made in China »... Un tonnefort, canon à gaz pour effrayer les moineaux dans les cultures, assomme l’hôpital Saint-Jacques : on le pousse dans la rue voisine.

Le Baumois Claude Henriot, vice-président de la FDSEA du Doubs est inquiet : « La télé montre des images depuis deux mois, certains ici veulent faire pareil... » Il est amer vis-à-vis de sa coop, l’UAC, filiale de l’Ermitage, premier collecteur de lait de la région : « On attend autre chose de la coopération que 220 € la tonne de lait en avril, 260 aujourd’hui... Le sociétaire est-il au centre des débats du conseil d’administration ? »

Un autre Claude, Graylois, dit vendre son lait 250 € à Milleret. Il fait aussi des céréales et la zone vulnérable lui impose de semer après la moisson des cultures fourragères captant l’azote. Le comble est qu’elles sont détruites sans alimenter un circuit de valorisation. « En janvier, le lait passera à 220 €, ce n’est même pas la peine pour ceux qui ont investi, et ça décourage l’installation... »

13 h, les tracteurs restent « stockés » à Chamars pendant que les manifestants emplissent la place de la Préfecture qui déborde un peu. « On est entre 1.200 et 1.500 », dit Martial Marguet. La gendarmerie en recense 900. De toute façon, c’est beaucoup plus que prévu.

On est venu de partout. Olivier, de Chaffois, et Sylvain, de Saint-Antoine, produisent du lait à comté, bien payé : « On soutient ceux du bas qui sont dans une situation critique, il faut se serrer les coudes. On a aussi peur pour notre lait, son prix n’est pas garanti ». Partout des banderoles sont accrochées aux tracteurs, aux abris de bus, aux panneaux : « Sarko trait la France », « Sauvons l’agriculture », « Le malheur est dans le pré », « Sarkozy nous a menti »...

Eric Liégeon, secrétaire général de la FDSEA du Doubs, est tendu mais content : « C’est énorme, on n’a pas mobilisé comme ça depuis 15 ans ». Ne faut-il pas un rapport de forces européen ? « Ce sont des mobilisations comme ça qui peuvent convaincre les Allemands dont le lait est moins payé que chez nous ».

Un agriculteur luron dit sa rancœur. Il vend ses céréales à la coop Interval et son lait à Lactalis : « J’ai perdu cette année 32.000 € sur un chiffre d’affaires de 180.000... Je n’ai plus de revenu pour manger... »

Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 17.10.2009


Reprendre la main

Absents d’une grève du lait qui a contribué au revirement sémantique du ministre de l’Agriculture, récemment converti aux bienfaits de la régulation, les FDSEA et les Jeunes Agriculteurs entendent démontrer qu’ils sont toujours à l’écoute des paysans, et pas seulement les cogestionnaires d’un système qui les étrangle. Le thème de la manif, la défense du revenu attaqué par les marchés et la spéculation, est pour eux l’occasion de reprendre la main face à la contestation altermondialiste de la Confédération paysanne et l’anti-libéralisme d’entrepreneurs de la Coordination rurale.

Du lait aux céréales et à la viande, toutes les productions régionales affiliées à la FNSEA sont dans le coup. Il y aura les aquaculteurs qui craignent pour l’existence même de la pisciculture et sa trentaine d’entreprises régionales.

La mobilisation est aussi celle du monde rural qui, après les restructurations à La Poste, l’Équipement ou l’Éducation nationale, craint d’être sacrifié. Que les chasseurs la soutiennent, au nom « d’activités économiques, sociales, culturelles durables », en est un signe de plus.

16.10.2009


« Changer la PAC »

Premier orateur, le président de la FDSEA du Doubs, Jean-Claude Jeannin, scande : « Il faut changer la PAC pour les paysans, pour que les campagnes vivent, pour la sécurité alimentaire ». Julien Bigand, président régional des JA lui succède en faisant le lien avec la journée mondiale de l’alimentation : « On nous propose de rester dans l’OMC dont les résultats sont de plus en plus de gens ne mangeant pas à leur faim... Sarkozy a oublié ceux qui se lèvent tôt... Il faut des filières pour définir les besoins et stabiliser les prix ».

Frédéric Perrot, président de la FRSEA, détaille les revendications, le « plan pour sauver l’agriculture » parce que « chaque agriculteur doit vivre demain », ce que « les autistes doivent entendre ». Quelques voix l’interpellent, notamment des tenants de la dernière grève du lait. Il reçoit une tomate à la figure, fait front face à son agresseur : « On travaille sur tous les dossiers, viens une semaine à ma place ! » « On veut des prix », dit l’autre, il réplique : « Je ne suis pas un marchand de rêve. L’agriculture sera un secteur d’avenir si l’on travaille à une meilleure répartition de la valeur ajoutée ».

Sentant les esprits s’échauffer à mesure que les fruits et les œufs passent par-dessus les hauts murs de la préfecture, atteignant parfois les parlementaires qui ont pris place au premier rang, Thierry Chalmain (FDSEA70) fait adopter à mains levées la proposition de faire évacuer les tracteurs par la rue de la Préfecture pour éviter d’aggraver les embouteillages qui dureront jusque tard.

17.10.2009


À deux doigts de l’incident

On a plusieurs fois évité l’incident pendant la manif paysanne. Les leaders syndicaux avaient positionné une charrette devant le portail de la préfecture pour servir de tribune, mais aussi en guise de protection. Cela n’a pas empêché certains de mimer des coups de boutoir avec leur tracteur, mais l’allonge était un peu courte. Dans une atmosphère enfumée, parfois fiévreuse, rarement belliqueuse, d’autres ont utilisé des élévateurs pour montrer qu’ils pouvaient atteindre le sommet du rempart (!) de l’édifice. Plus tard, des petits malins ont déménagé la charrette, laissant la porte seulement gardée par les dirigeants syndicaux et quelques policiers.

Après une nouvelle tentative de coup de boutoir, restée au stade de l’intention, un policier a eu un geste malheureux en essayant d’arracher le scotch brun masquant la plaque d’immatriculation du tracteur pour la photographier. Il a aussitôt été entouré d’une quinzaine d’agriculteurs et été évacué par ses collègues. Cette provocation maladroite aurait pu vraiment mal tourner...

17.10.2009

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