Après les titres départemental et régional, Christel Rognon va tenter dimanche 12 septembre de remporter le championnat de France de labour. Récent vainqueur de la finale du Doubs à Arc-sous-Cicon puis de la finale Bourgogne-Franche-Comté à Sementron (Yonne), il est parti pour Hautevillers-Ouville, près d’Abbeville, en Picardie. Ce n’est pas la première fois qu’il parvient au niveau national où, s’il n’a jamais gagné, il a souvent été bien placé.
À le voir évoluer entre les pièces de sa charrue de compétition, on comprend vite ce que l’épreuve exige de précision. À l’entendre, on saisit la nécessité de l’expérience, de la connaissance du terrain. « On règle chaque élément l’un par rapport à l’autre, mais également en fonction du sol, de la profondeur de labour demandé pour le concours, en général de 18 à 21 centimètres... » Les disques, ou coutres circulaires, coupent la terre verticalement, puis les socs la soulèvent avant que les rasettes enfouissent le chaume (résidus végétaux) recouvert par la terre que les versoirs retournent...
Plus petite qu’une charrue servant au labour ordinaire, la machine de compétition fait travailler deux socs à la fois au lieu de quatre, est large de 75 cm au lieu de 140. Il faut régler le tracteur, équipé spécialement pour l’épreuve : « Il doit y avoir la même largeur intérieure entre les voies avant et arrière, et on met des pneus moins larges pour ne pas écraser les sillons », dit Rémy, le père, lui-même ancien laboureur de concours.
Christel aura deux heures pour labourer une parcelle trapézoïdale de 100 m de long aux largeurs inégales de 12 et 20 m. Ce qui suppose des sillons de deux orientations différentes, par endroits de plus en plus courts sans empiéter sur ceux déjà tracés... « Il ne faut pas se tromper, garder son sang-froid, et s’il y a un loupé, ne pas se décourager », explique Christel, « on doit savoir où on en est, travailler différemment selon le sol, mesurer régulièrement, corriger tout le temps les réglages... »
Il part dans la Somme en compagnie de son frère jumeau, Sébastien, qui a longtemps concouru avec lui avant de devenir juge national, sans pouvoir, évidemment, estimer la copie de son frère.
Tous deux travaillent avec leurs parents sur le Gaec de la Baraque des Violons, à Tarcenay, sur le premier plateau du Doubs. La ferme a une originalité : la moitié des 500 000 litres de lait est vendu à la fromagerie Perrin de Cléron, l’autre transformée, affinée et vendue sur place. Et le fromager n’est autre que le champion de labour ! Outre manier la charrue, Christel fait chaque jour deux meules d’un fort bon gruyère de sept mois d’affinage à qui il faudra bientôt trouver un autre nom car la ferme n’est pas dans la zone de l’IGP...
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 11.09.2010
Christel Rognon s’est classé huitième.