La chambre d’agriculture unanime demande la régulation des marchés. Sylvain Marmier se fait reprocher ses engagements libéraux...
Ça devait arriver. À force de critiquer le libéralisme et la dérégulation, Sylvain Marmier s’est fait, hier lors de la session de la chambre d’agriculture, mettre le nez dans son engagement politique. « Nous allons avoir un impact économique et social fort d’une dérégulation, non liée à un clivage droite-gauche, mais à une pensée unique puissante et d’une grande inertie », dit-il lors de son traditionnel exposé sur une conjoncture rendant « les esprits lourds ».
La preuve ? « L’Allemagne et la France se sont fait renvoyer dans leurs cordes à l’Union européenne ». La commission vient de retoquer leur projet de nouvelle régulation du secteur laitier, bien que celui-ci soit soutenu par une majorité de pays [1]. Sociétaire d’un important GAEC à Frasne, Sylvain Marmier ajoute vouloir « moraliser les marchés et légitimer les organisations de producteurs ».
Si la seconde proposition emporte l’adhésion de tous, ses propos sur la moralisation ou le libéralisme « exaspèrent » Gérard Coquard, l’un des deux élus de la Confédération paysanne : « Sylvain parle de régulation et critique la commission, mais il était aux élections européennes candidat de l’UMP qui soutient la commission libérale ! Vous avez fait des choix libéraux, prenez vos responsabilités. C’est comme si Henri Maire soutenait la ligue antialcoolique. Mettez vos actes en accord avec vos discours ». Président du groupement des agriculteurs bio, Dominique Rondot, renchérit : « Tu étais sur quelle liste ? Il faut de la cohérence ! »
La véhémence étant inhabituelle, le président Daniel Prieur hausse le ton : « respectons les choix de ceux qui s’engagent », et demande à Marmier de « ne pas tomber dans la provocation dans sa réponse ».
Sylvain Marmier la joue finement : « Il est désolant, dans ce contexte de crise, d’être attaqué sur son engagement. C’est tirer contre son camp que de m’attaquer. N’oubliez pas que l’Europe a des pays de l’Est qui vomissent le système administré, des Britanniques atlantistes, des pays du sud qui ne respectent rien, notamment les quotas... »
La passe d’armes s’appuie sur les différentes formes de régulation proposée. Il n’y a pas qu’à la Conf’ que l’on doute de la contractualisation entre producteurs et transformateurs défendue par la FNSEA. Mais Prieur joue les synthétiseurs : « Je dis aux syndicats minoritaires : arrêtez de condamner la contractualisation avant que les bases n’en soient jetées. Il faut un système qui fonctionne ».
Le système Prieur, lui, marche. Son projet de délibération sur la désorganisation des marchés est passé à l’unanimité.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 11.09.2009
[1] Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Estonie, Finlande, France, Hongrie, Irlande, Lettonie, Lituanie, Luxembourg, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie.