Comment vont évoluer les filières régionales ? Une étude menée au sein du monde paysan et de ses partenaires entend « inciter à la réflexion collective ». Présentation à la chambre régionale d’agriculture de Franche-Comté en avril 2007
L’avenir de l’agriculture n’est pas écrit, mais le pire est à craindre. C’est ce qu’on peut provisoirement conclure à la lecture des résultats de l’« étude prospective sur les filières agricoles et agro-alimentaires franc-comtoises », présentés vendredi lors de la cession de la chambre régionale d’agriculture. L’étude a été réalisée durant seize mois avec le Conseil régional, le Crédit agricole et la Direction régionale de l’Agriculture et de la forêt. Elle a réuni, au cours de 32 ateliers, 169 participants issus également de syndicats de produits, d’organisations professionnelles et d’organismes techniques, de formation ou de recherche...
Elle envisage trois scénarios pour essayer de comprendre quels pourraient être leurs effets à l’horizon 2015. Autrement dit, après la liquidation de l’actuelle politique agricole communautaire. La fameuse PAC dont les subventions, selon Daniel Gremillet, président de l’Ermitage, « bénéficient aux consommateurs » car elle permet des prix bas...
Le premier scénario, intitulé « la loi du marché mondial », suppose que « l’ouverture des marchés mondiaux favorise les importations massives de produits standards, destructrices pour nos filières locales, le principal critère d’achat étant le prix ». Dans ce cas, « seules résistent les productions sous signe de qualité ou d’origine et les spécialités régionales ».
Les conséquences de ce scénario seraient notamment « l’abandon des zones en production standard et des zones les plus difficiles » parmi lesquelles figurent les montagnes. Les exploitations seraient « de grosse taille » et la « perte d’emplois importante », ce dont pâtirait le dynamisme rural. Malgré la « qualité préservée » des labels, AOC ou IGP « du fait de leur spécificité organoleptique », la valeur ajoutée s’en trouverait « dégradée ». Autrement dit, une baisse de la rémunération des agriculteurs.
Le second scénario, dit « loi des grands groupes et de la grande distribution », est celui d’un « libéralisme criant » qui verrait « la grande distribution asseoir sa politique qualité sur la traçabilité des produits ». Elle renforcerait ses contrats avec l’industrie agro-alimentaire régionale pour les produits standard. Les labels, AOC ou IGP feraient « l’objet de convoitises de la part des groupes nationaux et internationaux de grande distribution » qui chercheraient à « sécuriser leurs approvisionnements par une politique d’intégration des filières » et de « la mort des interprofessions ».
Synonyme de « perte de biodiversité », ce second scénario verrait une « nette réduction des actifs agricoles », une « tendance à la banalisation des produits », à « l’industrialisation des procédés, l’abandon du lait cru, à la perte des savoir faire artisanaux ». Les paysans céderaient la place à des « agri-managers fournisseurs de matière première » et l’on assisterait à une concentration des exploitations et le retour massif du salariat agricole.
Le troisième scénario est celui de la « relocalisation des productions ». Il suppose un très réaliste « contexte d’augmentation des prix de l’énergie et de réchauffement climatique » conduisant à « intégrer les préoccupations environnementales dans les règles du commerce international ». Ce qui entraînerait le « développement du commerce de proximité » et des « arbitrages régionaux entre productions alimentaires et non alimentaires ». On songe évidemment aux bio-carburants...
Ce scénario porte en lui des risques de « disparition de certains acteurs tels qu’affineurs ou transformateurs industriels » et de « conflits d’usage pour l’occupation du territoire ». Il implique le « maintien des actifs agricoles et le renforcement du dynamisme rural », le retour aux « filières de proximité » pilotées par des « acteurs locaux », de la vente directe, des « exploitations à taille humaine, une diversification des produits ».
A observer l’agriculture d’aujourd’hui, on constate que des éléments de chacun des trois scénarios sont à l’oeuvre. Le secteur est-il à la recherche d’un équilibre entre eux ? Certains choix sont en tout cas antagonistes. L’étude a cependant un immense mérite : apporter « des éclairages sur les implications stratégiques », et « créer ou recréer une dynamique au sein des filières » par « l’incitation à la réflexion collective ».
Daniel BORDUR / ER - 22.04.2007