LA MAJORITÉ absolue était à 35 voix, Xavier Beulin en a obtenu 36 et succède à Jean-Michel Lemétayer comme président de la FNSEA, le premier qui ne soit pas un éleveur. Son concurrent, Dominique Barrau, 31 voix, a accepté de rester secrétaire général, au moins jusqu’au prochain congrès, en mars prochain à Saint-Malo. Christiane Lambert, éleveuse de porcs dans le Maine-et-Loire, qui faisait équipe avec Beulin, le remplace à la première vice-présidence.
Xavier Beulin, 52 ans dans deux jours, exploite en Beauce, en association avec son frère et deux cousins, 450 ha de céréales (colza, tournesol, blé, orge) et produit du lait en complément. Il a annoncé qu’il abandonnera la douzaine de présidences ou vice-présidences d’organismes professionnels qu’il occupe, mais il conservera celle de Sofiprotéol, le fonds qu’il a contribué à créer pour financer la filière des huiles, protéines végétales et agro-carburants, permettant notamment de garder Lesieur en France.
Ce fonds est montré en exemple de contrôle de l’aval des filières par les agriculteurs, leur permettant ainsi de récupérer une part de valeur ajoutée. Les coopératives du massif jurassien s’en inspirent pour tenter de garder, avec le fonds Coop Invest, une influence sur la branche comté d’Entremont. Sa bonne connaissance du monde économique est un atout pour Xavier Beulin, longtemps en charge de l’international et de la PAC à la FNSEA.
Partisan des OGM, il expliquait en 2007, juste avant le Grenelle1, être favorable aux « tests en pleins champs pour tester leur impact ». En 2009, il défendait les agrocarburants devant l’académie d’agriculture : « quand on produit un litre de diester, on produit 1,5 kg de tourteau de colza », de quoi « regagner 15 à 20 points d’autosuffisance en protéines végétales » vis-à-vis des USA. Il en fait même un modèle pour l’agriculture africaine, écartelée entre cultures d’exportation et cultures vivrières.
S’étant donné la tâche de « travailler au renforcement et à la modernisation du rôle, de la fonction et de la place du producteur agricole », prônant « la recherche et l’innovation », Xavier Beulin a trois autres chantiers devant lui. D’abord rassembler en interne. C’était la première fois qu’il y avait deux candidats pour la présidence, ce qui témoigne d’une « vitalité démocratique », mais aussi de la fin du traditionnel consensus entre éleveurs et céréaliers.
Son profil d’homme d’affaires lui impose de s’entourer de représentants d’autres productions qui soient en même temps de solides militants de terrain. C’est le cas de l’éleveurdoubien Daniel Prieur, en charge du dossier montagne, qui l’a soutenu et pourrait intégrer un poste au secrétariat général. Mais il lui faudra aller au-delà et fédérer ceux qui ont suivi Dominique Barrau et représentent une agriculture plus familiale.
Xavier Beulin est également attendu par les autres syndicats sur la représentativité que la FNSEA leur conteste dans de nombreuses instances. « J’espère que l’ostracisme de son prédécesseur est du passé », dit Philippe Collin, de la Confédération paysanne. « Sans ouverture des interprofessions, il aura du mal à garder sa stature », pronostique le nouveau président de la Coordination rurale, Bernard Lannes. Très sévère, ce paysan gersois qui appelle Beulin « l’émir vert », parle de « virage radical de la FNSEA » et considère qu’elle a choisi « l’orientation industrielle à la dimension paysanne ».
Enfin, Xavier Beulin aura fort à faire vis-à-vis de l’opinion, très réservée sur les OGM, peu convaincue par les agrocarburants, inquiète pour les conséquences environnementales des choix agricoles.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 17.12.2010