Le GAEC des Marnes, à Audeux, était intensif et dépendant des fournisseurs. Pour ne pas couler, il a choisi de remettre les vaches sur les pâturages, qui ont remplacé des céréales de négoce...
Fini l’élevage intensif, finies la course au rendement et les vaches « en surpoids », finies « les conneries ». Cyril Mulin, l’éleveur du GAEC des Marnes, ne regrette pas le changement total de cap de la ferme qu’il exploite aujourd’hui avec Gilles Richard à Audeux. En 1997, les céréales occupaient 85 % de la surface. Un cinquième seulement était consommé par 80 laitières qui produisaient en moyenne chacune 8.400 litres de lait par an. Une performance atteinte grâce à une ration alimentaire achetée pour 70 % à l’extérieur. Aux soins quotidiens du troupeau, s’ajoutait le travail des labours. Les agriculteurs ne comptaient pas leurs heures.
Un associé quitte le GAEC avec des hectares et des quotas en 1997. Ceux qui restent rachètent de la terre et du matériel. Déjà important, l’endettement devient insupportable. « On y allait tête baissée, en réalité, on s’enterrait », expliquait en 2004 Cyril Mulin au journal spécialisé L’Éleveur laitier. Début 2000, un technicien agricole analyse : soit le GAEC garde le même cap « au risque d’une cessation d’activité », soit il opte pour l’autonomie.
La deuxième solution est choisie. Timidement d’abord, franchement ensuite. On remplace la plupart des céréales par l’herbe. On remet les vaches au pâturage, y compris en les faisant marcher 3 km, ce qui génère quelques problèmes aux pattes. En 2002, toutes les céréales qu’elles mangent sont autoproduites. En 2006, l’herbe représente plus de la moitié de la surface, les céréales de négoce sont devenues marginales, la production moyenne par vache tombe à 6.600 litres, puis 4.500 cette année, où la production est de 450.000 litres, assez loin du quota de 650.000 litres...
Régression ? Que nenni ! Si le chiffre d’affaires a légèrement baissé, les intrants ont quasiment disparu, le travail humain est moins lourd, sauf pendant les foins. Le revenu avait chuté, il remonte. Il devrait encore croître dans 18 mois, une conversion en bio étant engagée depuis mai. L’actuel lait standard est acheté 270 euros la tonne, le lait bio est payé autour de 450 euros.
Le passage à l’herbe s’accompagne de l’arrêt de l’insémination artificielle : « Je ne crois plus au progrès génétique », dit Cyril qui a désormais un taureau en permanence dans le troupeau. « On a réappris à rythmer les vaches, à être dehors... On renouvelait 15 % du troupeau chaque année, notre objectif est de laisser vieillir les vaches jusqu’à 11 ou 12 ans ». Le rendement céréalier a lui aussi chuté, mais la perte est moindre que le gain obtenu par l’abandon de la fertilisation chimique.
L’exemplarité du GAEC des Marnes est telle qu’il accueille une douzaine de visites par an.
Daniel BORDUR / L’Est Républicain - 14.11.2009
Le retour à l’herbe d’une exploitation en polyculture-élevage intéresse les Bretons. Hier, ils étaient une trentaine - paysans, élus locaux, agronomes - sur le GAEC des Marnes. Pour comprendre et évaluer une conversion vers une agriculture à la fois viable et respectueuse de l’environnement.
« On est en réflexion sur la mise en place d’un système herbager car on a des algues vertes dues aux nitrates », explique Jean-Claude Lamandé, vice-président de la communauté d’agglo de Lannion (Côtes-d’Armor). « On a longtemps diffusé un seul modèle agricole, celui de la maximisation laitière par vache, du coup les autres techniques se sont perdues, ne sont plus enseignées », note Luc Delaby, chercheur à l’INRA de Rennes. Il estime que la récente sortie du préfet breton, rendant public un rapport confidentiel, « oblige à une prise de conscience violente. Le problème, c’est comment y aller tout en permettant aux éleveurs de vivre, la transition étant de 3 à 5 ans ».
Une transition que Daniel Pédron, paysan près de Lannion, estime inévitable : « Il faut changer de nous-mêmes avant qu’on nous l’impose, on va revenir au travail de nos grands-parents ». Son collègue Erwan Daniel trouve Cyril Mulon « convainquant ». Davantage en tout cas que Vittel, où leur voyage d’études les a conduits : « C’est comme un kolkhoze... On sent bien qu’il faut produire de l’eau, pas du lait... » Reste, ici comme en Bretagne, l’obstacle du foncier : remettre les vaches sur l’herbe sur des parcellaires morcelés ne va pas de soi. La tâche va bien au-delà de l’agriculture...
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